‹ Saint JérômeChapitre 112 sur 192 · Deuxième phase : la querelle avec Rufin · texte numérisé non relu

Deuxième phase : la querelle avec Rufin

Le texte cité plus haut, qui fixe à un an avant le départ de

> Contra lohann. XXXIX (391, D).

^ Ibid., XXXIX (392, A) : « Post duos ergo menses tandem exspectatus venit Isidorus. »

^ Ibid., XXXVIII (390, A) : « Litterae quae an te très menses legationis ad vos directae erant. »

* Ibid. fin (396, A) : « Et nuper ad Romanae Urbis Pontificem. »

^ Ibid., I (355,B) : «Sed provocatum litteris tuis et ardore fidei.»

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Paulinien et d'Eusèbe celui de Rufin, doit être pris, comme il est naturel, avec son sens plénier. C'est donc vers Pâques que Rufin, en avril 397, quitte la Palestine. Cette date concorde entièrement avec ce que l'on sait de son activité cette année et celle qui suit. Puisque, d'après la préface du III^ livre du Periarchon 1, c'est pendant le carême qu'il a composé la traduction des deux premiers livres, laquelle est postérieure de quelque temps à celle de V Apologie d'Origène par Pamphile et à l'opuscule sur l'altération des écrits du docteur alexandrin, il est évident que la version du Periarchon doit se rapporter à l'année 398. Les deux ouvrages qui l'ont précédée, écrits peu de temps après l'arrivée de Rufin à Rome, comme il résulte de la préface ^, sont de la seconde moitié de 397. La traduction des livres III et IV du Periarchon, ainsi que l'indique la préface qui les précède, est composée après Pâques, mais avec assez de lenteur. Elle n'était pas terminée avant l'été de 398.

Pendant ce temps, Eusèbe parti de Palestine en avril a dû arriver à Rome en mai ou juin. Il s'y est lié de nouveau avec Rufin qu'il fréquente. La traduction n'était pas encore mise au net pour la publication définitive quand il se la procure et la livre à Pammachius. C'est vraisemblablement en automne que se placent ces faits. Quelque temps après, Rufin part pour Aquilée avec des lettres de communion données par Sirice. Il se plaint que l'on ait attendu son départ pour l'accuser au lieu de lui communiquer de vive voix les griefs ^. Pammachius et Oceanus écrivent à Jérôme à ce sujet (Epist. LXXXIII). D 'Aquilée, Rufin écrit lui aussi pour se plaindre d'eux et de leurs alliés, soit à la fin de cette année soit au début de 399, peu de temps après son arrivée. Il y a toute chance que ce soit l'autre Rufin, parti de Palestine au printemps de 399, et qui se rend à Milan par Rome, qui y apporte les trois ouvrages de Jérôme écrits à cette occasion. Les deux premiers ont réclamé pour leur composition un certain temps : ce sont la traduction littérale du

^ PG, XI, 247-250; édit. KoETSCHAU, p. 193-194; cfr tome ^'^ p. 233.

» Rufin, Apol. I, 20 (PL, XXI, 558, C D).

Pertarchon, composée pendant l'hiver de 398-399, quand Jérôme relève d'une maladie de près d'un an, la lettre LXXXIV, à Pammachius et Oceanus en réponse à la lettre LXXXIII, véritable apologie, et la lettre LXXXI,à Rufin. Alors interviennent les démarches infructueuses des amis de Jérôme auprès de Sirice et les démonstrations publiques de mécontentement de Marcella {Epist. CXXVII, 9), puis la propagande antiorigéniste d'Eusèbe à travers l'Italie (été 399). Rufin, mécontent de la divulgation de la lettre LXXXIV et ignorant la lettre LXXXI, qu'on a interceptée, se met à préparer une Apologie. La chronologie établie jusqu'à présent confirme donc pour la mort de Sirice les conclusions de Mgr Duchesne ^. Celle-ci est du 26 novembre 399, non de 398. Divers groupes de documents se rapportent aux temps du pape Anastase, successeur de Sirice ; d'abord ceux qui concernent l'interv^ention de Théophile. De nombreuses lettres la mentionnent dans la correspondance de saint Jérôme, en particulier un groupe de courts billets, LXIII et LXXXVI-LXXXIX. La date de ces quatre derniers est à fixer en 400, puisqu'ils font allusion à l'expédition de Nitrie et à l'expulsion des Longs Frères comme récentes. Elles eurent lieu au début de 400 ^. D'autre part, ils ne font aucune allusion à la synodique envoyée en septembre aux évêques de Palestine. La lettre LXXXVIII est postérieure au retour de Vincent, qui s'est effectué après l'arrivée à Rome d'une lettre de Théophile au pape Anastase vers Pâques. La lettre LXXXIX peut être contemporaine de cette lettre au pape et apportée par le même messager, qui se rend à Rome, mais d'abord, avec l'assentiment de Théophile, passe par Bethléem. C'est comme l'a reconnu Vallarsi, corrigeant dans sa préface l'ordre adopté dans l'édition, la lettre la plus ancienne ^. Le voyage de Théodore suit de près l'exil des Longs Frères .

^ Liber Pontificalis, 1. 1, Chronologie, p. ccl-ccli.

^ DuCHESVE, Histoire ancienne de l'Église, t. III, p. 56-58.

* PL, XXII, p. Lxxvi : « Ordo tamen praeposterus, in eo quod Lxxxix Tlieophili ceteris praeponenda videatur. »

* Epist. LXXXIX : « Vidit enim cuncta monasteria Nitriae et referre potest continentiam et mansuetudinem monachorum, quomodo, exstinctis et fugatis Origenis sectatoribus, pax Ecclesiae reddita sit. »

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Théophile fait allusion ensuite aux origénistes cachés de Palestine qui motivent sa lettre d'avertissement. La lettre LXXXVII revient sur ces deux thèmes, mais la réponse LXXXVIII est postérieure au retour de Vincent. Les envoyés de Théophile en Palestine reçoivent de Jérôme un bon témoignage pour leur zèle victorieux contre l'hérésie, en même temps que Vincent, rentré l'avant-veille, fait connaître le très heureux effet à Rome de la lettre que Théophile y avait envoyée au printemps. Concurremment à cette lettre avaient agi les efforts de Marcella et de ses amis : Anastase avait été convaincu de la nocivité d'Origène {Epist. CXXVII, lo). La lettre LXXXVI de Jérôme à Théophile, complète les renseignements de la LXXXVIIP sur la Palestine. Les frères Priscus et Eubulus y ont pourchassé jusque dans leurs repaires les reguli hérétiques. Tout cela se passe pendant l'été de 400.

Reste la lettre LXIII dont la date est difficile à fixer. Par la forme comme par le contenu, elle est en rapport étroit avec le groupe précédent, notamment avec la lettre LXXXVI. L'une et l'autre font allusion à la longue interruption de la correspondance entre Jérôme et Théophile, du fait de ce dernier ^. On ne saurait donc mettre entre ces deux lettres l'intervalle de quatre ans qu'adopte Vallarsi, fixant la lettre LXIII à 397 et la LXXXVr à 401. En fait, comme la lettre LXIII trouve que le zèle de Théophile a besoin d'être excité contre les origénistes, il faut simplement la placer quelque temps avant la lettre LXXXIX, aux derniers mois de 399. L'allusion au respect des canons paraît viser l'affaire de l'évêque Paul chassé par Théophile et accueilli par Jérôme à Bethléem, antérieurement à l'exode des Longs Frères ^, ou quelque autre affaire analogue. Il ne s'agit pas de l'ordination de Paulinien. Après la réconciliation de Jérôme avec Jean, Théophile, encore origéniste et ami du prêtre Isidore, avec qui d'ailleurs correspondait Rufin, aura tenu ri-

^ Epist. LXXXVI, I : « Nuper tuae Beatitudinis percepi scripta emendantia vêtus silentium», allusion aux lettres LXXXIX et LXXXVII. — Epist. LXIII, I : >i Meminit Béatitude tua quod eo tempore, quo nobiscum tacebas, nunquam ab officiis meus sermo cessaverit. »

2 JÉRÔME, Apol. III, 17 (PL, XXIII, 469-470).

gueur à Jérôme de son attitude antérieure et n'aura repris les relations avec lui qu'en 399, au moment où il songeait à accomplir son évolution antiorigéniste. C'est, semble-t-il, la seule solution qui accorde tous les éléments en cause.

A Rome, entre Pâques et le 15 août 400, date de la mort de Simplicien, évêque de Milan, Anastase, convaincu par les démarches de Théophile, s'y associe, condamne les écrits d'Origène et invite son collègue de Milan à faire de même, puis, après la mort de Simplicien, intime la même direction à Venerius son successeur. A cette dernière date, il notifie également la condamnation portée par l'autorité impériale prohibant la lecture des écrits d'Origène. Théophile, de son côté, continue sa propagande antiorigéniste et recrute des auxiliaires pour le soutenir et faire pression sur l 'évêque de Constantinople où les Longs Frères sont déjà arrivés en septembre 400 (Epist. XC). Avant les Encaenia, il envoie à ce sujet une synodique aux évêques palestiniens et à ceux de Chypre {Epist. XCII). Une lettre particulière est adressée à saint Épiphane, qui marque la reprise des relations avec lui {Epist. XC). Je ne m'explique pas pourquoi Mgr Duchesne ^ place cette lettre en 401 (fin) ou 402 (début). Elle fait allusion à la fois à l'expédition de Nitrie et à la synodique, comme à des faits tout récents. Elle demande la réunion d'un synode sur l'initiative d'Épiphane : c'est celui que vise la lettre XCII. La date n'est donc point sujette à discussion. La lettre est contemporaine de celle adressée aux Palestiniens et à laquelle ceux-ci répondent entre le 14 et le 22 septembre 400 {Epist. XCIII et XCIV, de Denys de Lydda, qui signe aussi la précédente). Épiphane communique la nouvelle à Jérôme (XCI) et celui-ci, sur l'invitation d'Épiphane ou de Théophile, traduit tout le dossier (XC-XCIV) et l'envoie à Rome. La traduction est antérieure à V Apologie de 401 2, qui la mentionne. Il y a toute vraisemblance qu'elle a été faite en automne 400.

^ Histoire ancienne de l'Église, t. III, p. 59, n. 3.

* Apol. 1,12 (PL, XXIII, 406, D) : « Et epistulae papae Theophili et Epiphanii et aliorum episcoporum quas nuper ipsis iubentibus transtuli. »

LA CONTROVERSE ORIGÉNISTE ^1

La lettre de Rufin à Anastase, pour se défendre \ était depuis quelques semaines, sinon quelques mois, entre les mains du pape. Elle est mentionnée, elle aussi, dans la même Apologie, qui consacre la plus grande partie du second livre à la réfuter. Quant à l'Apologie en deux livres de Rufin, contre Jérôme, les indications de celui-ci, dans sa réponse, le fixent à 401. Elle circule seulement sous le manteau et n'est pas encore éditée, quand Jérôme lui oppose sa propre Apologie (voir le début où il s'en plaint). La date de cette première Apologie de Jérôme est incontestablement 401. II a déjà traduit les lettres de Théophile et des autres évêques. Elle est postérieure aux rescrits impériaux ^. Elle connaît déjà la lettre d'Anastase, en réponse à Jean de Jérusalem, qui est de l'année même ^. Cette date est confirmée par ce que rapporte la seconde Apologie, qui est de 402 et où il est de nouveau question de cette lettre à Jean comme écrite l'année précédente *. Cela concorde avec les deux ans écoulés depuis que Rufin est à Aquilée^, et les deux ans depuis la lettre LXXXIV ^ : on a 399-401. Il y a dix ans depuis la publication du De Viris ^ et dix-huit depuis celle du Commentaire sur l'épître aux Éphésiens **. Cette dernière date est évidemment inexacte, car elle nous mène à 404 au plus tôt (387- 406). Jérôme avait déjà traduit la lettre pascale de 401 {Epist. XCVI).

La seconde Apologie de Jérôme (ou livre III du Contra Rufinum) est sûrement de 402 et cela est important pour la chronologie pontificale. Il y a environ trois ans que circule à Rome la lettre LXXXIV, de 399^. Elle est postérieure à V Apologie

* Apol. I, 12 (PL, XXIII, 406, D) . « Quae de Alexandria et de Aegypto Origenistas pelli iubent. »

' Apol. II, 14 (PL, XXIII, 437, A) : «Quod prudentissime papa Anastasius, in epistula quam contra te scribit ad episcopum loannem. »

* Apol. III, 21 {Ibid. 472, C) : « Esto praeteriti anni ego epistulam fînxerim.it Ibid., III, 38 (484, B): « ut huius quoque anni contra te epistulae probant.»

* Apol. II, 2 {Ibid. 426, A).

* Ibid., l, 24 (417, C).

' Ibid., II, 23 (446, C).

"Ibid., 1, 22, (416, B).

» Ibid., III, 38 (484, A).

de Rufin, parue après trois ans (399-401), et à la lettre qu'il a écrite à Jérôme, en réponse à sa première Apologie ^. Jérôme a traduit, outre les lettres de Théophile de 399 et la pascale de 401, dirigée contre Origène, celle de 402 {Epist. XCVIII), où il est question d'Apollinaire et d'Origène ^. Or l'on sait par la lettre XCVII, I, à Marcella et à Pammachius,que la lettre pascale de 402 a été envoyée à Rome primo vere. \J Apologie est donc postérieure de quelque temps. A cette date Anastase était encore vivant. 'L^ Apologie le connaît toujours comme tel ^.On a vu plus haut qu'il lui attribue pour l'année précédente la lettre à Jean de Jérusalem. Anastase envoie une nouvelle lettre cette année aux Orientaux *. Il est donc impossible d'admettre avec Mgr Duchesne ^ qu' Anastase est mort le 19 décembre 401. Il semble même que V Apologie de Jérôme, étant assez postérieure à la lettre XCVII, envoyée au début du printemps, c'est-à-dire en mars, au plus tôt, et affirmant que le pape est encore vivant, il faille rejeter aussi la date d'avril adoptée par certains auteurs et s'en tenir pour la mort au 19 décembre 402, Innocent lui succédant le 21 décembre. C'est la chronologie de Prosper qui cette fois serait exacte. Les combinaisons reposant sur les chiffres, d'ailleurs non concordants, des catalogues ne peuvent prévaloir contre ces faits incontestables.

C'est la fin de la controverse proprement dite. On peut y rattacher cependant la traduction de la lettre pascale de 404,

' Apol III, 8 (PL, XXIII, 463, D).

* Apol. III, 16 (PL, XXIII, 468, C D): « Duas synodicam (399) et paschalem (401) eius (Théophile) epistulas contra Origenem illiusque discipulos et ahas adversus ApoUinarium et eundem Origenem (402), per hoc ferme biennium interpretatus sum.... Aliud operum eius nescio me transtulisse. » L'opuscule antiorigéniste sur la vision d'Isaïe serait donc postérieur à cette date s'il était de Théophile.

' Epist. XCVII, 4 : « Cui multos imprecamur annos. » — Apol. III, 21 (PL, XXIII, 472, B C: « Siricii in Domino dormientis profers epistulam et viventis Anastasii dicta contemnis. »

* Ibid., III, 31 (472,C): « Esto praeteriti anni ego epistulam finxerim. Recentia ad Orientem scripta quis misit ? In quibus papa Anastasius tantis te ornât floribus ut, cum ea legeris, magis te velle defendere incipias quam nos accusare.» Ibid. III, 38 (484, B : « Sin autem eius est ut huius quoque anni contra te epistulae probant. »

* Liber Pontificalis , t. I, p. CCI.I.

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