AUTRES ÉVÉNEMENTS ET ÉCRITS
composé à cause de la longue maladie qui le saisit fin 397 \ La date de la lettre LXI, à Vigilance, dépend de celle de la lettre LVIII, puisque c'est à son retour de Palestine que Vigilance se mit à déblatérer sur le compte de Jérôme. On peut la fixer à la seconde moitié de 395 ou au début de 396. La lettre LXII, à Tranquillinus, date de 396 d'après Vallarsi. M. Griitzmacher la reporte avant l'arrivée de Rufin à Rome, qu'il place à tort au printemps de 398. Elle exprime les mêmes idées que la lettre LXXXV, à Paulin, et en partie dans les mêmes termes; mais, comme il n'y a aucune allusion à la querelle du Periarchon, bien qu'Oceanus soit félicité de son zèle antiorigéniste (« Origenis multos errore deceptos » avec l'exagération habituelle de la polémique), il semble assez normal de placer la lettre après la publication de V Apologie de Pamphile par Rufin (automne 397) et avant celle du Periarchon (398). Auparavant, on ne voit pas ce qui aurait pu provoquer un mouvement origéniste: seules les traductions de saint Jérôme l'auraient alimenté. Vallarsi a rapproché la lettre à Tranquillinus de la vive réplique à Vigilance au sujet d'Origène {Epist. LXI) ; mais il semble que l'état des choses n'est pas le même. La lettre à Vigilance est une apologie purement personnelle et parle des faits passés à Bethléem, non à Rome : Oceanus y est mentionné pour son séjour à Bethléem, au temps où il s'y trouvait avec Fabiola et où Vigilance y vint comme envoyé de saint Paulin de Noie (394-395). La date probable de la lettre à Tranquillinus est donc de la fin de 397 ou de la première moitié de 398.
La lettre LXVI, à Pammachius, sur la mort de sa femme Paulina, est contemporaine du voyage de Paulinien (n. 14), qui eut lieu un peu après Pâques 398.
Le premier séjour d'Héraclius, avec une lettre de l'évêque Amabilis demandant un commentaire littéral sur les visions d'Isaïe, ainsi que celle à Castricianus, qu'Héraclius remporte à son départ, sont de 397, car l'année suivante Héraclius revient avec une nouvelle lettre d'Amabilis et une de Vital, à laquelle
' Préface sur saint Matthieu (PL, XXVI, 22, A).
Jérôme répond en mentionnant le commentaire'. Cette lettre est écrite après lecarême de 398, au sortir d'une maladie de trois mois. La LXXP suit de près (n. 7 : nuper) elle aussi le commentaire. Au même temps se rapportent le Commentaire sur S. Matthieu destiné à occuper les loisirs d'Eusèbe de Crémone sur le navire qui le ramène en Occident, au temps de Pâques 398 (préface), la lettre LXXIII à Evangelus (n. 10), la traduction des trois Livres salomoniens sur l'hébreu. Celle de VOctateuque est mentionnée dans la lettre LXXI, 5, comme déjà en chantier. La lettre LXX répond à une lettre de Rome, écrite après l'arrivée de Rufin *. On peut la mettre en automne 397 ou aux premiers mois de 398, la maladie de Jérôme ayant dans l'intervalle interrompu son travail. La lettre LXIX à Oceanus est écrite avant V Apologie de Jérôme (I, 32), donc avant 401, mais après le séjour d'Oceanus à Bethléem (395). Celle àRufin, prêtre de Rome, la LXXIV, est de la fin de 398, au sortir de la longue maladie de douze mois. Les lettres LXXV et LXXVI, de peu postérieures à la LXXF, doivent être de 399. L'éloge de Fabiola, LXXVII, est composé quatre étés(n. i) après celui de Népotien (396) et un biennium après celui de Paulina (398). Il est donc de l'été de 400, La lettre LXXVIII a été envoyée en même temps. L'éloge de Nebridius, postérieur à la mort de Gildon (398), antérieur aux tribulations de saint Jean Chrysostome, est probablement assez rapproché de la mort de Nebridius. Les conseils auraient été superflus, si Salvina était déjà la chrétienne fervente de 403. D'autre part, il doit être postérieur à l'éloge de Fabiola, sinon il eût été mentionnée au début de celui-ci, avec ceux de Népotien et de Paulina. Il est donc de 400 (fin) ou de 401 (Epist. CXXIX.)
La date de la lettre CVI est difficile à fixer. Elle est postérieure à la traduction des Psaumes sur l'hébreu (avant 393), comme en fait foi un passage auquel on n'a pas assez prêté attention (n. 86) : « denique ex Hebraeo vertentes ita diximus » : ce passé indique bien qu'il s'agit d'une version déjà existante. La phrase de V Epist. CVII, 2 : « Hunni discunt psalterium »,
' Epist., LXXII, 4 : f Nuper interpretatus sum. » ' JÉRÔME, Apol, I, 30 (PL, XXIII, 421, B).
ne saurait être envisagée comme une allusion certaine à la lettre CVI (Vallarsi), puisque les correspondants auxquels cette lettre CVI est adressée ne sont pas des Huns, mais des Gètes (n. i) : « Quis hoc crederet ut barbara Getarum lingua hebraicam quaereret veritatem et dormitantibus immo contendentibus Graecis, ipsa Germania Spiritus sancti eloquia scrutaretur ?» Les synchronisnies concernant Avitus et Firmus nommés dans cette lettre ne donnent pas de résultat décisif : Avitus est mentionné dans la lettre LXXIX, à Salvina, qui est de 400. Il reçoit de Jérôme la lettre CXXIV, vers 408-409 (n. i) ; « Ante annos circiter decem sanctus vir Pammachius ad me cuiusdam schedulas misit quae Origenis Periarchon interpretata volumina continerent.» Cet envoi est de 398 ou du début de 399. Avitus devait être connu des deux destinataires de la lettre CVI (n. 2 et 86 et habitait probablement Constantinople, puisque c'est lui qui intervient pour obtenir de Jérôme l'éloge de Nebridius {Epist. LXXIX). Les deux Gètes Sunnia et Fretela devaient appartenir à un monastère des environs. Firmus, le porteur de la lettre, est mentionné encore dans la correspondance avec saint Augustin : Epist. CXV (anonymement, édit. Hilberg) et CXVI, i, 404- 405. En 416 il est envoyé à Ravenne pour les affaires d'Eustochium et de Paula {Epist. CXXXIV).
La lettre CVII est écrite avant la longue maladie de Paula, en 402-403, sinon il en serait question au n. 13. Elle est même antérieure à la destruction du temple païen de Gaza, laquelle est de 401 (n. 2) : « Marnas Gazae luget inclusus et eversionem templi iugiter pertimescit ». Elle doit donc être de 400, Lajeune Paula n'est mentionnée comme présente à Bethléem qu'en 416, au printemps {Epist. CXXXIV).
Je crois utile de mettre d'abord sous les yeux du lecteur le tableau de cette correspondance avec la numérotation des éditeurs de saint Jérôme et de saint Augustin, Vincipit de chaque lettre et les dates que j'ai adoptées, comparées à celles des Mauristes, éditeurs de saint Augustin, et de Vallarsi.
Éd. Hier.
Éd. Aug.
Aut.
Incipit.
Maur.
Vallarsi
Cavallera
Aug.
Numquam aeque
Aug.
Habeo gratiam
lOI
Aug.
Audivi pervenisse
Hier.
In ipso profectionis
Hier.
Anno praeterito
Aug.
Ex quo coepi
los
Hier.
Crebas ad me
Aug.
Quamvis existimen
Aug.
Sicut praesens
Hier.
Très simulepistulas
404 fin
404 fin
Hier.
Cum a sancto
Aug.
lampridem caritati
Aug.
Deum nostrum
Aug.
Quod ad te scripsi
Hier.
Virum honorabilem
Hier.
Omni quidem
Hier.
Multi utroque
410 fin *
Hier.
Sanctus Innocentius
419 fin *
419 fin
419 été
La lettre LVI est antérieure à l'épiscopat d'Augustin, qui est généralement fixé à l'année 396, Augustin ayant été ordonné prêtre en 391. La date de la lettre LXVII, postérieure à la précédente, ne peut être fixée parle contenu de la lettre elle-même. On y lit seulement (n. 8) : « Scripseram iam hinc aliquando ad te epistulam quae non perlata est quia nec perrexit cui perferendam tradideram. « Elle dépend de la date de la lettre CV, 1 : le moine Sisinnius, dit Jérôme, avait trouvé un exemplaire de cette lettre LXVII, « ante hoc ferme quinquennium.y^ Les Mauristes et Vallarsi fixent la lettre CV à 403 ou 404 et remontent pour la lettre LXVII à 397. On peut s'arrêter à 399. Cela cadrerait mieux peut-être avec les données de la controverse origéniste qui, en 399, bat son plein. La réponse de Jérôme est dans le sens des lettres à Vigilance, à Tranquillinus et à Paulin de Noie (n. 9) : « Recta et vera quae invenerimus approbare atque laudare, falsa vero et prava improbare atque reprehendere, » En somme, il n'y a pas de raison décisive pour opter entre 397, 398 ou 399 (cfr Epist. CUI). La lettre CI est de 402 ou 403. La réponse de Jérôme, Epist. Cil, suivit immédiate-
ment : « In ipso profectionis articulo sancti filii nostri Asterii hypodiaconi, Beatitudinis tuae ad me litterae pervenerunt quibus satis facis te contra parvitatem meam librum Romam non misisse. » Or au n. 3, il est question de l'envoi par Rufin à Jérôme de son Apologie et de la courte réplique qu'y a déjà faite Jérôme. C'est le livre III de V Apologie, qui date du milieu de l'année 402. Comme il est fait également allusion à la longue maladie de Paula (morte le 26 janvier 404), il semble que l'on ait le choix entre la fin de l'année 402 et l'année 403, quelques mois seulement avant la lettre CV, où il est encore question des renseignements fournis par Sisinnius, lettre qu'il faudrait ainsi encore mettre en 403, nulle allusion n'étant faite à la mort de Paula.
La date de la lettre CIII est controversée. Les Mauristes la fixent à 397; Vallarsi à 403, surtout à cause de la mention d'Asterius et de Presidius; le premier étant déjà mentionné dans la lettre Cil, il faudrait admettre un second voyage à six ans d'intervalle, si la lettre CIII est de 397. Si elle est de 403, le contenu peut s'appliquer aux ennuis causés à Jérôme soit par la maladie de Paula, soit par la lutte antiorigéniste. Il est cependant difficile d'admettre que la lettre CIII vise la lettre CIL On s'attendrait dans ce cas à des détails plus précis, d'autant plus qu'il ne semble pas qu'il faille mettre un an et plus entre la lettre Cil et la lettre CV et qu'entre les deux, il n'y a guère place pour la lettre CIII. Celle-ci est antérieure à la lettre CXI, où Presidius, encore diacre lors de la lettre CIII, est déjà évêque. Il faut donc la placer entre 396 et 404, et plus probablement avant la lettre CI, c'est-à-dire avant 402. Je crois même que les Mauristes ont tout à fait raison. Il faut la mettre à la même époque que la lettre LXVII : toutes les deux font allusion à une même lettre de Jérôme. Il suffit de comparer les textes de VEpist. cm, I : « Anno praeterito per fratrem nostrum Asterium hypodiaconum dignationi tuae epistulam miseram promptum reddens salutationis officium », et de VEpist. LXVII, i : « Habeo gratiam quod pro subscripta salutatione, plenam mihi epistulam reddidisti sed breviorem multo quam ex te vellem suscipere. » La date de la lettre LXVII oscillant entre 397 et 399, c'est
aussi à l'une de ces trois années que l'on peut attribuer la lettre cm, de préférence peut-être à 398, plus d'un an après l'élévation d'Augustin à l'épiscopat, alors que Jérôme relevant de maladie et de santé languissante n'est pas encore brouillé de nouveau avec Rufin. La lettre LXVII semble avoir été écrite aussitôt après réception de la lettre perdue de Jérôme ; la CIIF, quelques mois plus tard.
Les lettres suivantes se succèdent dans le même chassécroisé un peu compliqué, les lettres CIV et CV datent de 403, les lettres CX, CXI, CXII, CXV et CXVI ne sont que de quelques mois postérieures aux précédentes puisque, quand il écrit la lettre CXVI, Augustin n'a pas encore reçu de réponse à la lettre CX, bien que la lettre CXV lui donne l'assurance que Jérôme l'a reçue. En réalité, c'est la lettre CXV elle-même qui était la réponse. Toutefois, comme il n'y est fait aucune allusion à l'abattement qui a suivi la mort de Paula, il faut ou les placer encore en 403, mais le iampridem par où débute la lettre CXVI n'y est guère favorable, ou les renvoyer à la seconde moitié de 404. Il faudrait être mieux renseigné sur les occasions qui s'offraient de correspondre entre l'Afrique et Bethléem pour préciser davantage. La lettre CXVI clôt cette série. Les lettres CXXXI, CXXXII et CXXXIV, se rapportant au voyage d'Orose en Orient, se datent, les deux premières du début de 415 et l'autre du printemps de 416. La lettre CXLI est de 418 et fait allusion à la résistance victorieuse opposée par Augustin aux condescendances du pape Zosime, avant la Tractoria (été 418). L'allusion à la mort d'Eustochium fixe la date de la lettre CXLIII à l'année 419, lors du retour d'Innocentius en Afrique, au printemps ou plutôt en été. Quant à la lettre CXLII, si énigma tique, elle s'avère postérieure à la Tractoria de Zosime, par ce qu'elle dit de la condamnation des hérétiques et date en conséquence de la seconde moitié de 418.