‹ Saint JérômeChapitre 116 sur 192 · A. — LA PATRIE DE S. JÉRÔME · texte numérisé non relu

A. — LA PATRIE DE S. JÉRÔME

de la Pannonie. Que signifie au juste cette expression confinium? Elle doit avoir un sens très précis, sinon Jérôme irait contre son but. Il ne s'agit pas d'un point quelconque de la frontière commune de la Dalmatie et de la Pannonie, frontière extrêmement étendue. Le lecteur serait dans ce cas fort mal renseigné : Confinium ne peut avoir ici que le sens, déjà signalé par Du Cange dans son Glossaire, de « coin », de point de rencontre de deux pays avec un troisième vers lequel les deux précédents convergent ' .Ainsi l'a compris avec raisonVallarsi.il a conclu qu'il fallait chercher ce confinium sur la frontière orientale d'Italie, au point où, au IV siècle, venaient aboutir ensemble les frontières de la Dalmatie et de la Pannonie. « Satis ut sentio est si utramque provinciam neutri ipsa adscripta terminaret (il se trompe d'ailleurs sur le sens de quondam)... Confinium illud itaque Dalmatiae ad quod notât S. Pater positam patriam suam Stridonem in extremo Liburniae ad occasum limite omnino quaerendum est. Eo nimirum fines Pannoniae

^ Ce sens ressort de ces trois textes que j'emprunte au Thésaurus linguae latinae, s. v. confinium : Ovide, Metam. XII, 39-40 : « Orbe locus medio est inter terrasque fretumque | Caelestesque plagas, triplicis confinia mundi » ; Lac- TANCE, De opificio Dei, X, 4 (PL, VII, 41, A; édit. Brandt, t. II, p. 33, 1. 9) : « (Oculi) ex quorum confinio nasus exoriens et veluti aequali porrectus iugo » ; Ps. Agennius, Commentum de controversiis , dans le Corpus Agrimensorum romanorum (édit. Thulin, t. I, Leipzig, 1913, p. 68, 1. lo-ii): «Si enim loca sacra aedificabantur, quam maxime apud antiquos in confinio constituebantur, ubi trium vel quattuor possessionum terminatio conveniret. » Chez saint Jérôme le mot est surtout employé : i) dans la Vulgate, Num. XXXIV, 4 et 9; Deut. III, 16; /osweXIII, 4 et XVI, 6; ludic. XI, 18; I Par. VI, 54; lerem. XLIX, 32; Ezech. XLV, 9; XLVII, 16 et 20. II y est synonyme de termini ou de fines. — 2) dans la version du De Jocis d'Eusèbe : a) avec le même sens, pour traduire l'opiov du texte grec, s. v. Acrabbi, Asadada (PL, XXIII, 866, B ; édit. Klostermann, p. 15, 1. 10 et 13) : « Sed et confinium Amorrhaeorum Acrabbim dicitur, de quo loco non exterminavit alienigenas tribus Nephtalim... Asadada, confinium ludae respiciens ad Aquilonem. » — b) Dans un sens analogue à celui que je signale pour Stridon (Ibid., 925, A, et p. 99, 1. 22-25) • « Thabor terminus Zabulon. Est autem mons in medio Galileae... qui confinium quoque inter tribum Issachar et Neftalim fuit, u Dans le texte grec le terme opiov répond à la fois à terminus et à confinium (Ibid., 906, A; p. 89, 1. 7-9) : « Icoc sortis Nefthalim in confinio trium tribuum, id est, in tribu Zabulon ad australem partem, in tribu Aser ad occidentem, porro in tribu ludae ad solis ortum. I) Le grec a Kttcojic. K'Xtipov fitéBuXEin frurâirrei rû Zaëoi/Xw»',... Ka\ rZ) 'Affrfp, Kai TÙ) 'lovôa. Ces deux textes sont extrêmement intéressants à rapprocher de celui du De Viris puisque, on le voit, ils réalisent nettement le cas d'un lieu appartenant à une tribu et dite confinium ou in confinio de deux ou de trois autres. Je ne discute pas le fond, la leçon luda étant évidemment fautive, dans le texte de losue XIX, 34, auquel fait allusion la dernière citation (dans la vulgate, Hucuca). Voir ViGOUROUX, Dictionnaire de la Bible, s. v. Hucuca.

rjO NOTES COMPLEMENTAIRES

superioris quae exinde ad septentrionem vergit incurrunt. Istria porro contermina utrique regioni est, atque huius quidem initio versus Ocram montem... Stridonem coUocari recta ratio persuadât. Ita et Pannonius et Dalmata, venus fortasse etiam Italus » [S. Hieronymi vita, I, i ; PL, XXII, 7-8).

La Dalmatie d'aujourd'hui est donc complètement hors de cause, comme ne pouvant constituer ce confinium et n'étant nulle part en contact avec la Pannonie romaine. Par suite, il n'y a rien à tirer de l'inscription étudiée par Mgr Bulic. Toute identification qui éloigne du massif des Alpes Juliennes, méconnaît les données essentielles du problème et de ce fait seul mérite d'être écartée : ainsi la thèse dite pannonienne, cherchant Stridon au confluent de la Save et du Danube, dans l'île de Mur.

Ces conclusions fondées sur la seule étude du texte du De Viris, sont complètement confirmées par l'examen des autres passages de saint Jérôme susceptibles d'éclairer le problème. Ce sont notamment les lettres familières groupées au début de la correspondance et qui se rapportent au premier séjour en Orient. Elles sont adressées à des amis ou à des parents. A plusieurs reprises, il y est question de la patrie de saint Jérôme ou de ses parents et amis d'enfance. Or, il est remarquable qu'elles nous amènent uniquement sur le terrain déjà indiqué par la notice du De Viris. Il n'y est question que du territoire qui s'étend : à l'ouest, au delà d'Aquilée, laquelle joue dans cette correspondance le rôle principal; au nord, vers la ville d'Haemona, aujourd'hui Lubiana (Laybach) ; au sud, il est quelquefois question des îles de Dalmatie, c'està-dire, comme le contexte l'indique, des îles du Quarnero. C'est à l'évêque, aux clercs ou aux moines d'Aquilée que Jérôme confie le soin spirituel de sa jeune sœur, qui, à Stridon, ne peut trouver dans le sacerdos (évêque ou prêtre) Lupicinus, le guide spirituel nécessaire. Il est évident que Stridon est dans le voisinage assez immédiat d'Aquilée pour que pareille direction soit efficace. Cela explique que déjà c'est un sous-diacre d'Aquilée qui a le premier gagné à Dieu l'âme de la jeune fille. De même, c'est à un moine et à des vierges d'Haemona que Jérôme s'adresse pour protester contre certaines imputations calomnieuses, desquelles il fait appel au tribunal de Dieu. Enfin son ami d'enfance, Bonose, s'est retiré dans les îles du Quarnero pour s'y livrer à la vie érémitique. Tout cela converge et nous amène à chercher Stridon sur ce territoire. Cela aussi explique pourquoi, lorsqu'il est envoyé par son frère, pour réaliser ce qui reste de la fortune paternelle, Paulinien, qui n'a sans doute pas de dépenses inutiles à faire, doit passer par Aquilée et même y séjourner quelque temps (Epist. LXXXI, 2, à Rufin) : « Frater meus Paulinianus necdum de patria reversus est et

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