A. — LA PATRIE DE S. JÉRÔME
puto quod eum Aquileiae apud sanctum papam Chromatium videris. » Il faut donc s'en tenir à la solution déjà proposée par Vallarsi et qu'il résume ainsi : « Stridone quae civitas in Dalmatiae olim Pannoniaeque confinio ad Italiae potius limitem videtur pertinuisse, certe quidem non longe ab Aquileia atque Haemona, nobilissimis Italiae urbibus, aberat » {S. Hieronymi vita, I, iv, PL, XXII, 13).
On peut sans s'attarder davantage rejeter non seulement la thèse dalmate, telle que l'a formulée Mgr Bulic, ou la thèse pannonienne, de Dankô par exemple, mais aussi la thèse istrienne, en tant qu'elle localise à Sdregna l'antique Stridon. Pour satisfaire aux données du problème, il faut remonter plus au nord, entre Aquilée et Haemona.
J'estime inutile une réfutation détaillée, ainsi que le relevé des fausses interprétations de textes, sur lesquelles on appuie de multiples assertions erronées concernant la langue ou la nationalité du saint. Les plus obvies sont les étymologies par à peu près, qui sont le plus clair fondement des prétentions de la plupart des lieux, pour lesquels on a revendiqué l'honneur d'être la patrie de saint Jérôme. Pour la question ethnographique, il suffira de remarquer que saint Jérôme, tout en désignant par patria le lieu de sa naissance, a évité soigneusement toute expression à sens ethnographique. Il ne s'est réclamé ni de la Dalmatie, — c'est Palladius seul qui l'en fait originaire, — ni de la Pannonie, mais seulement de Rome et de la latinité. En dehors du patriotisme local, comme d'autres, nombreux en ce temps-là, il n'a point connu le patriotisme provincial, mais seulement le patriotisme impérial. Rome était le centre de sa vie de citoyen, comme elle l'était de sa vie religieuse.
C'est par suite d'une étrange méprise qu'on a voulu en faire un Slave, en interprétant à contre-sens un texte où il est exclusivement question de la langue latine. Une erreur du même genre a fait conclure, de ce que saint Jérôme raconte sur ses difficultés d'écolier, que le latin n'était pas sa langue maternelle, comme si les écoliers de tous les pays n'aimaient pas le jeu et n'avaient pas à compléter et à régulariser à l'école les éléments appris en famille ! Saint Jérôme désigne les Latins comme homines meae linguae, le latin comme étant sermo domesticus, patrius, nostra lingua. La langue vulgaire parlée en Italie, en Dalmatie et en Pannonie, est pour lui gentilis barbarusque sermo. De cela, des noms de sa famille, tous grecs ou latins, de son peu d'attachement à ses compatriotes et de son insistance à se réclamer de Rome comme de sa véritable patrie, on serait tenté de conclure à une origine latine, mais la conclusion, si vraisemblable qu'elle soit, dépasserait sans doute les prémisses.
72 NOTES COMPLEMENTAIRES