L. — LA PUBLICATION DU « CONTRA lOHANNEM
Toutefois, on peut se demander s'il ne s'agit pas plutôt soit de la lettre CXIX à Minenàus et Alexandre (en 406), qui roule exclusivement sur ce sujet, soit de la lettre CVII, 23, où Jérôme rapporte une réfutation qu'il fit de ces erreurs à Bethléem au cours d'une discussion avec un origéniste. Faisant allusion à un texte de sa première préface au Periarchon, Rufin écrit, en 401, dans son Apologie ^ I, 16 (PL, XXI, 552-553) : « Haec autem idcirco in praefatione commonui ne forte calumniatores iterum se criminandi putent invenisse materiam; quod dixi iterum illa est causa quia iam sancti episcopi lohannis epistulam de fide ad sanctum Theophilum scriptam criminati sunt quando corpus humanum aliud nescio quid fingentes esse quam carnem, idcirco iterum posui. » L'allusion est claire ici au Contra lohann. Hierosol. XXV-XXVIII (PL, XXIII, 375-380) : «Illud diligenter observa et caute relegens numera quod novies resurrectionem nominans corporis ne semel quidem carnis inseruit suspectumque tibi ait quod de industria praetermisit (375, B). Haec est omnis causa cur in expositione fidei tuae ad decipiendas aures ignorantium novies corpus et ne semel quidem carnem nominas, dum homines putant te carnes in corporibus confiteri et idem carnem esse quod corpus » (379, A). — De même, 380, A. — La préface du Periarchon, que Rufin rappelle, est du printemps 398. L'auteur connaissait donc à cette date le Contra lohannem et sans doute l'avait déjà lu avant son départ de Palestine, un an auparavant. Il suppose connue cette réplique à V Apologie de Jean, à laquelle il se réfère. Il est même probable que Rufin y fait déjà allusion dans sa préface à la traduction de V Apologie d'Origène, publiée quelques mois auparavant (PG, XVI, 541-542) : il y vise les mêmes critiques au sujet de la résurrection : « Carnis vero resurrectionem, non per aliquas praestigias, sicut nonnulli calumnianiur , dicimus sed hanc ipsam carnem in qua nunc vivimus, resurrecturam credimus, non aliam pro alia, nec corpus aliud quam huius carnis dicimus. Sive ergo corpus resurrecturum dicimus, secundum Apostolum dicimus, hoc enim nomine usus est ille, sive carnem dicimus, secundum traditionem symboli confitemur... Stulta enim adinventio calumniae est corpus humanum aliud putare esse quam carnem... Haec in Hierosolymis, in Ecclesia Dei, a sancto sacerdote eius loanne praedicantur, haec nos cum ipso et dicimus et tenemus.» C'est donc, on le voit, une réponse directe aux accusations portées contre Jean. Jérôme avait fait siennes ces accusations. Cfr, outre les passages déjà cités. Contra lohann. Hierosol. II {Ibid. 556, B) : « Quasi super ova et aristas inter théâtrales praestigias pendenti gradu incedere.» Ibid., XXXVI (388, C) : « Qui ita imperitorum lactas animas et resurrectionem casso nomine ventilas. » Écrivant pour des Latins, Rufin songeait avant tout aux accusations écrites en latin. M. Brochet, il est vrai, pense que cela peut se rapporter à des critiques orales, mais c'est
une supposition qui ne tient pas assez compte de coïncidences verbales et Viterum de la préface suppose un écrit antérieur.