LIVRE IV. i
faisait par impétuosité de sentiment ou par instinct était chez Eustochium la conséquence d*un raisonnement ou l'accomplissement d'un devoir; l'éducation avait d'ailleurs développé comme à plaisir les germes de stoïcisme chrétien innés dans le cœur de cette jeune fille. Confiée tout enfant à Marcella, qui l'avait élevée près d'elle, et dans sa chambre même*, elle y avait respiré une atmosphère sereine et paisible qui ne régnait pas toujours dans l'appartement de Paula. Une aventure qui fit alors grand bruit dans cette société patricienne, mi-chrétienne et mi-polythéiste, nous la peindra tout entière.
Elle avait annoncé de bonne heure l'intention de ne se point marier et de prendre, sous la direction de Marcella, l'habit des vierges : c'était le premier exemple de ce genre qu'eût donné une fille de son rang ^ ; aussi refusa-t-on d'y croire jusqu'à ce qu'elle eût atteint l'adolescence. Sa vocation persistant, le monde poussa de grands cris , la parenté s'émut, on blâma la mère, on réprimanda la fille, on essaya près d'elle les caresses et les menaces; mais l'arrêt était irrévocable : Eustochium le voulait. Elle avait une tante, sœur de son père, nommée Prétextata, païenne zélée et femme d'un homme qui l'était encore plus , Hymétius % vicaire de Rome sous Julien,
i. In hujus cubiculo nutrita Eustochium, virginitatis decus. Hieron. Ep. 96, p. 780.
2. Prima Roman» urbis virgo nobilis esse cœpisti. Hieron., Ep. 18, p. 33.
3. Prœtextata nobilissima quoudam femina, jubente viro Hymetio, qui patruus virginis Eustochii fuit.... Hieron., Ep, 57, p. 593.
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puis relégué dans une île de la côte d^ Palmatie ppyr avoir fait une consultation magique sur la tête de l'empereur chrétien Valentinien P% et enfin rentré de l'exil après la mort de ce prince. Ces deux fanatiques voyaient dans le projet de leur nièc<B une honte pour leur nom, et presque un sacrilège dont ils seraieift comptables à leurs dieux, s'ils ne parvenaient à rempêcher. Ayant échoué dans les avertissement? et les prières, ils recoururent à une arme qu'ils supposaient plus efficace sur l'esprit d'une jeune fille qui n'avait point vu le monde, à la coquetterie féniinine*. Un petit complot est naonté, et, d'açpord avec d'autres païens, ils invitent Eustochium à venir chez eux. Elle arrive en effet; mais, à son entrée dans l'appa,rtemeji); de Prétextata, des femmes apostées la saisissent , lui enlèvent ses habits de laine , déploient ses longs cheyeux, qu'elles tressent et frisent à la mode la plus nouvelle, lui peignent les yeux, la bouche et le cojj;^ la couvrent de bijoux et lui font revêtir des vêtements de soie magnifiques*. On ne manqua pas sar^s doute de la conduire de miroir en miroir pour lui faire admirer sa beauté, et probableipent encore il n'y eut qu'un cri d'admiration de la part de Prétextata et de ses amis. Eustochium obéit à tout, écouta tout avec son calme habituel , et quand l'heure fut venue de
1. Vincere cupiens et virginis propositum et matria deside^u|^,. ^ron., Ep. 57, p. 593.
2. Habitum ejus cultumque mutavit, et neglectum crinem mun(^Q more texuit.... gemmas et pretio3i3sima ornamenta... Tu, capijit virginis Dei sacrilegis ausa es attrectare manibus!... Hieron., Ep. 57, ibid.