‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 126 sur 255 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Les cris de triomphe sur la guérison de Blésille étaient prématurés : Blésille n'était point guérie, et l'effort suprême qui avait suspendu pour quelque temps le cours de la maladie acheva d'épuiser ses forces. Quatre mois après, on la vit retomber dans sa première langueur, et la fièvre la saisit de nouveau. Sa marche redevint chancelante : sa tête affaissée, déjà couverte de la pâleur de la mort, avait peine à se soulever, et ses mains cherchaient encore l'Évangile ou quelque livre des prophètes, quand déjà ses yeux ne pouvaient plus lire*. Elle rentra dans son lit pour n'en plus sortir ; l'arrêt cette fois était irrévocable, Blésille vit apparaître la mort sans regret ni frayeur; son éclair de foi extatique avait illuminé pour elle les sombres abords du tombeau. Près de rendre l'âme, elle dit à ses proches rangés en cercle autour de son lit : « Priez le Seigneur Jésus qu'il me pardonne, parce que je n'ai pu accomplir ce que j'avais résolue »

Quand on lui. eut fermé les yeux, ses parents

1. Vacillabant segrotatione gressus, et pallentem ac trementem faciem, vix collum tenue sustinébat, et tamen aut Prophetam, aut Evangelium semper in manibus tenebat. Hieron., Ep, 22, p. 54.

2. Quum sanctum corpusculum febrium ardor excoqueret et semianimis lectulum vallaret circulas propinquorum ; hœc extrema verba mandabat : « Orate Dominum Jesum, ut mihi igiioscat, quia implere non potui quod volcbam. » Hieron., ibid.

s'emparèrent de son corps qu'ils firent ensevelir, comme il convenait à une personne de sa qualité, et un voile broché d'or fut étendu sur son cercueil : contraste frappant entre ces funèbres splendeurs et Thumilité à laquelle elle avait voulu consacrer sa vie. On lui célébra des obsèques magnifiques, oà toute la ville de Ronie se porta, par intérêt pour un sort si malheureux, non moins que par curiosité. Ce qu'il y avait de plus illustre dans le patriciat précédait le cercueil ; una foule immense l'escoilait ou l'attendait au passage. Un incident douloureux vint interrompre tout à coup l'ordre de la cérémonie. Paula, qui, d'après l'usage romain, accompagnait les restes de sa fille vers le monument de ses ancêtres, donnait les signes d'un véritable égarement. Tantôt elle poussait des cris plaintifs, tantôt elle s'arrêtait étouffée par les sanglots et hors d'état de se soutenir; elle s'évanouit enfin, et on fut obligé de la remporter chez elle comme morte. Cette vue émut profondément le peuple qui commençait et s'agiter. « Voyez-vous cette mère? dirent les uns : elle se lamente de ce que sa fille, qu'on a tuée à force déjeunes, ne lui a pas donné de petits-fils par un second mariage. Ne chassera-t-on pas de la ville la race exécrable des moines? Ne les lapidera-t-on pas ? Ne les jettera-t-on pas dans le Tibre *?»—(( Ils

1. Qnum de média pompa funeris te eianimem referrent, boo inter se populus mussitabat : «Nonne illud est quodssepiiis dicebamus? dolet filiam jejuniis interfeclam, quod non vel de secuudo ejus matrimonio tenuerit Dépotes. Quoosque genus detestabiie monachorum non urbe pellitur? nen lapidibus obruitur? non prœcipitatur in fluctus?» Hierou., i:p. 2â, p. 59.

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