‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 137 sur 255 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

et plus d'un étranger, tenté par ces mensonges, consentait à séjourner parmi eux. Les Scylléens avertissaient encore les voyageurs en route pour l'Orient qu'ils avaient à choisir entre deux directions, suivant le motif de leur voyage : la première tendait vers les colonnes de Protée et l'Egypte: c'était le chemin des exilés, des fugitifs, de ceux en un mot qui avaient quelque chose à démêler avec leur conscience; la seconde allait droit sur la Palestine par Joppé: c'était celle des gens tranquilles avec eux-mêmes et avec les autres*. Ces contes dont s'amusaient les passagers n'offrirent aucun intérêt à Paula, dont la route était marquée d'avance et qui voulait gagner Antioche en passant par l'île de Chypre, où l'évêque Epiphane l'attendait. Cependant le calme le plus contrariant semblait s'acharner à la poursuivre. Quand elle entra dans les eaux de l'Adriatique, le vent tomba tout à fait, la mer devint unie comme la surface d'un étang, et le navire était menacé de rester en panne, lorsqu'à force de bras, il atteignit l'escale de Modon *.

Brisée par cette lojigue et fastidieuse traversée, Paula prit quelques jours de repos, puis son navire alla reconnaître le cap Malée, longea les rochers de rîle Cythère, et, laissant à sa gauche Rhodes et la côte lointaine de Lycie, entra dans le port de Sala-

1, Quumque mihi accolas illius loci multa narrarent, darentque consilium, ut non ad Protaei columnas, sed ad Jonœ portum navigarem : hune enim fugientium et turbatorum, illum securi hominisesse cursum ; malui pcr Malaeas et Gycladas Cyprum pergere. Hieron., in Ruf., lU, p. 459.

2. Quasi per stagnum venit Methonem. Hieron., Ep. 86, p. 672,

mine*. Épiphane accourut pour la recevoir, heureux de lui rendre un peu de cette magnifique hospitalité qu'il avait reçue d'elle à Rome. Paula salua le vieil évêque, en se prosternant à§es pieds, suivant un usage oriental qui commençait à prévaloir en Occident*. Épiphane, ainsi que nous l'avons dit dans nos précédents récits, était un grand promoteur de la vie cénobitique, et l'île de Chypre, s'était couverte de monastères fondés ou protégés par lui. 11 fallut qu'Eustochium et Paula, par devoir d'hospitalité, les visitassent l'un après l'autre. Les nobles romaines d'ailleurs étaient curieuses de voir fonctionner en réalité ces établissements monastiques, dont Rome ne leur avait offert que l'ombre et pour ainsi dire la fiction : elles laissèrent partout où Epiphane les conduisit des marques de leur abondante charité ^ Dix jours se passèrent ainsi en courses pieuses et en conversations sur l'état religieux de l'Orient, dont Épiphane était l'interprète à la fois le plus intéressant et le plus authentique ; puis les voyageuses reprirent la mer. Après une courte navigation, elles allèrent toucher à Séleucie, qui était le port maritime d'Aîitioche*, Un service de bateaux partait de cette ville pour l'embouchure de l'Oronte, qui ne portait pas

1. Ibique refocillato paululum corpuscule, et sale tabentes artusin littore ponens, par Malaeam et Cytheram... Hieron., Ep. 86, p. 672;'

2. Ubi sancti et venerabilis Epiphani pedibus provoluta... Hieron., ibid.

3. Omnia illius regionis lustrans monasteria, prout potuit, refrigeria sumptuum fratrlbus dereliquit. Hieron., ibid.

4. Brevi cursu transfretavit Seleuciam, de quaascendens Antiochiam... Hieron., ibid.

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