LIVRE V. 2î
de gros navires en toute saison. Paula et ses compagnes remontèrent le fleuve en une journée*, et, sans avoir éprouvé le moindre accident, elles débarquèrent dans la grande métropole de la Syrie.
Elles y étaient attendues avec plus d'impatience encore qu'à Salamine. Tous leurs amis de Rome se trouvèrent là pour les recevoir : Jérôme, le prêtre Vincent, Paulinien, frère de Jérôme, et les moines romains qui avaient consenti à le suivre en Orient. L'évêque Paulin réclama l'honneur de loger la descendante des Scipions à son palais épiscopal. Les nobles romaines eurent bientôt vu tout ce qui pouvait les intéresser dans une ville provinciale, fût-elle magnifique comme Antioche, fût-elle, comme Antioche, le type le plus accompli des villes d'Asie : ce n'était pas pour si peu qu'elles avaient fui Rome. Un seul vœu s'échappait de leur cœur, un seul cri sortait de leur bouche : « Jérusalem ! » Vainement Jérôme et Paulin objectaient qu'on n'était encore qu'au miHeu de l'hiver*, que le froid sévissait dans les montagnes avec une rigueur inaccoutumée, et que les pentes du Liban se trouvaient encombrées de neige ^ ; Paula voulut partir. 11 fallut organiser une caravane en toute hâte, car, alors comme aujourd'hui, on ne voyageait guère que par troupe dans les contrées qui avoisinent l'Arabie et le Liban*.
1. Â mari Ântiochiam, adverso fluvio, havigatur uno die. Strab., Geoflfr., XVI, u, 7.
2. Media hyeme... frigore gravissimo.Hieron., Ep» 86, p. 672; in Ruf. II.
3. Tantos inter aidores (Libanum) fidum uivibus. Tacit., Hist, V, 6.
4. De Beraea Ëdessam pergentibus vicina est publico itiueri solitude, per quam Sarraceni incertis sedibus hue atque illuc semper vagantur. Qu»
Tq^s les Occidentaux en Rêvaient fsi,ire partie, et prqb^blenaçnt î^ussi quelques amis orientau)^ de Jérôme , m^s non pas Paulin, qui, chargé de soins et d'années, fut contraint de rester dans Antioche.
Deux routes menaient de cette ville aux frontières de la Pî^lestine : l'une, remontant le co^rs de TOronte, suivait 4ans sa longueur cette grande vallée concave que les Grecs appelaient Cœlé-Syrie, c'est-à-dire « Syrie preuse, » puis, se bifurquant dans deux directions, se portait à gauche sur Pâmas, |i droite sur la Ph^nipie et Béryte, par les vallées transversales du I4b^n; l'autre gagnait directement Béryte en côtoyant la Méditerranée. La première était la plus commode jissurément, au moins dans une partie de son étendue; mais, malgré les villes importantes et les postes de troupes échelonnés de distance en distance sur TOronte*, ellç! offrait aux voyageurs moins de sécurité. De temps h autre, surtout dans le voisinage de TArabie, les caravanes Ypyaient apparaître h Timproviste ^es bandes de Sarrasins montés sur des phevaux ou des dromadaires, la tête enveloppée de linges, le corps nu sous un manteau traînant, un lourd carquois sur l'épaule et Vjne lon§^e lance en main, qui, se jetant sur le convoi, pillaient les bagages et emmenaient les voyageurs prisonniers % H y avait à peine quelques finnées qu'une
suspicio frequentiam in illis locis viatorum congregat, ut imminent péri culumauxilio mutuo declinetur. Hieron., Vit, Malch., p. 92.
\. Cœles^ria (if) KoiXy) Supîa) Libaao et Autilibano includitur. Strab., XVI, II, 16. — Cf. NçtUia. Imp. Rom. ed Bôcking., t. ï, p. 87 et seqq.
â. Etecce subito equorum camelorumque secessores Ismaelitœ irruunt,