‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 14 sur 255 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

même vitesse ; l'avant-garde repousse et bouscule les citadins qui ne se rangent pas à temps, et les dalles noires des rues résonnent au loin sous le sabot des chevaux. « On dirait une irruption de barbares dans une ville prise d'assaut, » ajoute le contemporain qui nous fournit ces détails, et n'est autre que l'historien Ammien IVlarcelIin*. Tout le monde regarde, s'inquiète, s'informe, et le riche sénateur se demande à lui-même s'il ne soutient pas bien le nom de ses ancêtres.

Avec le soir commencent d'interminables festins oii siège un peuple de flatteurs et de parasites, et dont les mers, les fleuves, les montagnes du monde entier semblent avoir été les pourvoyeurs. A chaque monstre qui paraît sur la table, des cris de surprise se font entendre ; les convives s'exaltent , ils veulent savoir le nom, le poids, l'origine de chaque chose. Ce poisson vient-il du Pont-Euxin ou de l'extrême Océan? Est-ce l'oasis d'Egypte ou la montagne du Phase qui nous envoie ces oiseaux? Des serviteurs accourent avec des balances, on pèse les poissons, on pèse les oiseaux et les loirs; trente notaires sont là, tablettes en main, pour en dresser l'inventaire* : ce sont les archives de la famille. Cependant l'heure des divertissements est

miscuè servitium cum otiosis plebeiis de vicinitate conjunctis. Amm. Marc, XIV, 6.

i. Subversasque silices, sine pericuïi metu properantes, equos valut publicos signatis, quod dicitur, calceis agitant. Amm. Marc, xiv, 6. — .... Tanquam prasdatorios globos. Id., ibid,

Quique terit silicem variis discursibus atram.

Prudent., in Symm., I, v. 583.

2. Poscuntur etiam trutinse, ut appositi pisces et volucres ponderentur et glires ; quorum jnagnitudo ssepius replicata, non sine tsedio prsesentium,

venue; des esclaves voiturent à travers la salle un orgue hydraulique aussi grand qu'une maison ; d'énormes lyres le flanquent avec des flûtes et d'autres instruments variés, et la musique retentit, une redoutable musique, s'écrie Ammien Marcellin, habitué en Orienta de moins bruyantes symphonies*. Suivent la danse et la pantomime, exécutées par des danseuses et des histrions en renom. Les pantomimes étaient toujours la fureur des patriciens de Rome; aussi, « de quelque côté qu'on porte ses pas, nous dit le même témoin oculaire, on voit des femmes à longs cheveux bouclés, qui, en se mariant, auraient pu donner des sujets à l'État, danser san§ fin et exécuter par leurs mouvements des attitudes théâtrales \ » Quelques années avant son voyage, une famine s'étant fait sentir dans la ville, les magistrats, pour diminuer la consommation , résolurent de renvoyer les étrangers : la noblesse demanda grâce pour les comédiens et l'obtint. Trois mille danseurs et danseuses restèrent donc dans la ville, ainsi que les chœurs et leurs choréges% mais les professeurs d'arts libéraux furent impitoyablement /Chassés jusqu'au dernier.

Chez le personnage dont j'esquisse ici le portrait,

ut antehac inusitata, laudatur assidue.... Notarii triginta prope adsistunt cum thecis et pugillaribus tabulis. Âmm. Marc, xxviii, 4.

1. Organa hydraulica, et lyrae ad speciem carpentorum ingôntes, tibiœque et histrionici gestus, inttrumenta non levia. Amm. Marc, xiv, 6.

2. Et licet quocumque oculos flexeris , feminas adfatim multas spectare cirratas, quibus si nupsissent, per setatem ter jam nixus poterat suppetere liberorum. Amm. Marc, xiv, 6.

3. Ut tria millia saltatricum , cum choris, tolidemque remanerent magistris. Amm. Marc, xiv, 6.

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