LIVRE V
croix dans l'Adriatique S pour en calmer à jamais les tempêtes. L'imprudente libéralité des évêques de Jérusalem avait grandement diminué la moite qui leur avait été laissée, quoique, suivant une croyance superstitieuse répandue dans la chrétienté, et admise même par Paulin de Noie, les parcelles enlevées du saint bois s'y reformassent d'elles-mêmes miraculeusement*. Ce qui restait était renfermé dans un étui d'argent dont l'évêque seul eut d'abord la clé, et qui fut placé plus tard sous la garde d'un prêtre de haut rang, responsable du sacré trésor ^ Une fois par an, à des époques qui varièrent, l'étui était porté avec pompe dans l'église supérieure, et le bois offert à l'adoration des fidèles : c'est ce qii'on appelait la fête de V exaltation^; mais il arrivait aussi qu'en dehors des jours officiellement consacrés, la faveur de voir et d'adorer le monument du salut des hommes était accordée exceptionnellement à des personnages de distinction : on pense bien que Jérôme, Paula et leurs amis furent du nombre des privilégiés.
Dans l'église de la Croix, Paula, prosternée en face
i. Provida regina condolens excidia miserorum, unum ex quatuor clavis deponi jubet in pelago (Adriatico)... quod saBvas fluctuum commotiones posset opprimere, Greg. Tur., Glor, Mart.^ I, 6.
2. Ligno Crucis, uni versus tandem orbis terrarum particulatim completus est. Cyril., Catech. 4, de Cruce. —Lignum Crucis testatur adhodiernum diem apud nos apparens, et apud eos qui, secundum fldem ex illo capientes, hinc universum orbem fere jam repîeverunt. Cyril., Catech. 10. — Paulin., Ep. 10.
3. Crucis vero portionem unam, argentea inclusam theca, iis qui visere eam vellent, ad perpetuam memoriam illic reliquit (Heleda). Socr., 1, 17. — Sozom, II, 1.
4. Boland., 2 apr. S. Mar. ^gypt,, p. 17, 22; 11 januar., p. 696, 58.
du bois sauveur^ prouva un de ces ravissements extatiques qui accompagnaient chez elle les violentes émotions de Tâme. La parcelle de bois imprégnée du sang 4e la rédemption disparut à ses yeux : c'était la croix elle-même qu'elle voyait, c'était le Christ percé de dous, bafoué, meurtri, rendant le dernier soupir, et elle ressentait tous les déchirements de son agonie*. a La ville entière de Jérusalem, nous dit Jérôme, fut témoin de ses larmes, de ses gémissements, de l'effusion de 3a douleur : le Seigneur, qu'elle priait, en fut au^i témoin*. » Dans l'église du Sépulcre, elle se précipita sur la pierre qui avait fermé l'entrée du tombeau, l'enserrant de ses bras, et on ne pouvait plus l'en arracher^;. m)Biis lorsqu'elle eut pénétré dans la chambre sépulcrale, que ses genoux sentirent le sol qu'avaient touché les membres du Sauveur, que ses mains pressèrent la banquette de pierre oii le corps divin avait reposé, elle défaillit. On n'entendait au deh<M-s que le bruit entrecoupé de ses sanglots; puis, reprenant ses forces, elle couvrit de baisers ces reliques inanimées; elle y attachait ardemment ses lèvres, comme sur une source désaltérante et longtemps dési-
— Paulin., Ep. iû. —Chron. Alex., p. 666. — BoUnd, 26 febr., p. 647; 3 maii, p. 364.
1. Prostrata ante cracem, quasi pendentem Dominuxn cerneret, adorabat. UieroB., Ep, 86, p. 673.
2. Quid ibi lacrymarum, quantum gemituum, quid doloria efFuderit, testas est cuocta JerosoJyma : testis est ipse Dominus, qucm rogal)at. Hieron., ibid,
3. Ingressa sepulcrum, Resurrectionis oscuîabatur lapidem, ijuem ab ostio moDuraenti amoverat angélus... HieroD., ibid.