LIVRE V
rée^ : on eût cru qu'elle voulait dissoudre ce rocher â force de baisers et de larmes.
Chaque station dans la ville sainte fut pour Pauta le théâtre d'émotions pareilles. « Chaque lieu la retenait tellement, nous dit le narrateur de ces scènes, qu'elle ne consentait à le quitter que pour courir à un autre*.)) Lorsqu'ils eurent tout vu dans Jérusalem, les voyageurs en sortirent pour gravir au midi la colline de Sion, et passer des douleurs de la nouvelle alliance aux splendeurs de l'ancienne ; mais quelles splendeurs présentait alors cette Sion tant célébrée par le roi-prophète! Son enceinte de murailles n'existait plus, et on n'y pénétrait qu'à grand' peine, à travers les buissons et les ruines.- Arrivés à la principale porte dont quelques pans étaient encore debout, surmontant des monceaux de cendres et de pierres % nos pèlerins s'arrêtèrent avec un étonnement douloureux. Ils semblaient se demander si c'étaient bien là ces portes de Sion « que le Seigneur chérissait par-dessus tous les tabernacles de Jacob*, et contre lesquelles l'enfer ne devait point prévaloir; «mais ce moment de doute et d'anxiété ne dura pas. L'un d'eux, Jérôme vraisemblablement, répondant à leurs secrètes pensées, se hâta d'expliquer « qu'ils n'avaient sous les yeux que la Sion jter-
1. Ipsum corporis locum in quo Dominas jacuerat, quasi sitâens desideratas aquas, fideli ore lambebat. Hieron., £p. 86, p. 673.
2. Cuncta Loca tanto ardore ac studio circumÎTit, ut nisi ad reliquafestinaret, a primis non posset abduci. Hieron., ihid.