‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 164 sur 255 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

en disent plus sur l'état moral d*un siècle que les plus ingénieuses dissertations philosophiques. Prosternée sur la pierre de Bethléem, tout entière à la contemplation du grand mystère dont le théâtre parlait à ses yeux , Paula éprouva , comme au saint-sépulcre et à l'église de la Croix, un de ces états d'exaltation violente qui tiennent le milieu entre la vie réelle et la vision. « Je vous jure, disait-elle à Jérôme, agenouillé près d'elle, que je vois l'enfant divin enveloppé de ses langes : le voici; la vierge-mère le prend dans ses bras; de quelle tendre sollicitude l'entoure son père nourricier ! J'entends son premier vagissement, là-bas retentissent le pas des bergers et le chant des anges, ^n Elle voyait aussi les mages, leurs présents, l'étoile, miraculeuse rayonnant sur l'étable; puis la scène changeait. Au lieu de la joie, c'était du sang et des larmes : Hérode furieux ordonnait le massacre de tous les enfants, et des soldats, Tépée en main, les arrachaient du sein de leurs mères; Joseph et Marie fuyaient en Egypte*. Elle pleurait, elle souriait, elle priait en même temps.

Tout à coup on l'entendit s'écrier : « Salut, Bethléem % justement appelée « maison du pain, »

i. Me audiente, jurabat cernere,oculis fidei, infantem pannisinvolutum, Vagientem in prœsepi Dominum, matrem virginem, nutricium sedulum, pastores nocte venientes. Hieron., Ep. 86, p. 674.

2. Magos adorantes... parvulos interfectos... Joseph et Mariam fugien^ tes in iEgyptum. Hieron., Ibid,

3. Mixtisque gaudio laci^mis, loquebatur : « Salve Bethléem domus panis, in qua natus est ille panis qui de cœlo descendit. Salve Ephrata, regio uberrima atquexap7to<p6pe, cujus fertilitaa Deus est.» Hieron., Ibid,

im SAINT JÉBOME.

car c'est ici qa'est né le vrai pain de la vie* ! Salut, Ephrata « la fertile y>; fertile en effet, car Dieu luimême a été ta moisson ! * w — Tous les passages prophétiques de l'Écriture se présentant alors à sa mémoire, elle les citait en latin, en grec, en hébreu, comme ils lui venaient; et ses pieuses compagnes faisaient assaut de mémoire avec elle. A propos du bœuf et de l'âne, elles se rappelèrent le verset * d'Isaïe : « Le bœuf a reconnu son maître, et l'âne la crèche de son Seigneur, d et cet autre aussi : « Heureux celui qui sème 6ur les eaux, où le bœuf et l'âne enfoncent leurs pieds ! » A ces mots du psalmiste : « Toid que nous avons appris qu'il était dans Ep4irata, et BOUS l'avons trouvé au milieu des bois,'» Paula, qui les avait cités, s'arrêta, et s'adressant à Jérôme : « Vous remarquerez, lui dit-elle, que j'ai traduit t7 et non pas elleyaxixw et non pas aù-nfv (elle citait en grec), c'est-à-dire Jésus et non sa mère, car il y a en hébreu %o, qui est bien te signe du masculin, comme vous me Tavez enseigné ; vcm» voyez que je n'ai pas oublié vos leçons. * » Ainsi la science chez ces admirables pèlerins

1. Beth-lékem en kébreu signifie efifectivem^nt maison du jtam. "2. TeHe est aussi la signification du mot Ephrata ou Efrata.

3. Ecce audivimus illum in Ephrata; invenimus eum in campis sylvsB. Psalm., 131, 6.

4. « Zoquip^ aeroK) tebiaicuft, vit te dooente didiii, non Marlam matrem Deinini, bec est »k^, sed iptum^ id est «ôv6v, significat. » Hieron., Ep. 86, p. 674. — Ce passage est très-altéré dans les manuscrits de saint Jérôme. J'ai admis le texte suivi par les Bénédictins et interprétation qu'ils donnent aux paroles de Paula. La distinction qu'elle établit roule sur le pronom démonstratif jso, zu^ zoth; il paraît qu'il y avait d^à controverse parmi les commentateurs des psaumes sur l'explication du verset : Paula suit l'opiiiion de son maître.

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