‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 165 sur 255 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

avait droit de se mêler aux élans de la dévotion la plus enthousiaste.

Les amis de Paula eurent peine à l'arracher de ces Keux, où un secret pressentiment semblait l'enchaîner. On eût dit que sa destinée se révélait tout entière à sa vue, quand on l'entendit s'écrier avec un accent prophétique : « Quoi 1 misérable pécheresse que je suis, j'ai été jugée digne de baiser la crèche oîi mon Seigneur a poussé son premier cri! J'ai été jugée digne de prier dans .cette caverne où une vierge-mère a enfanté mon Dieu ! J'établirai ici ma demeure, parce que mon Sauveur y a placé la sienne ; et la patrie de mon Dieu sera aussi le lieu de mon repos ! ^ » La noble étrangère, venue des collines du Tibre , ne croyait pas si bien dire : le repos éternel devait commencer pour elle à Bethléem, et y peser longtemps sur ses os.

L'impatience les aiguillonnait cependant; ils partirent , et, traversant, après un trajet de quinze cents pas, l'endroit appelé la tour d'Ader, où furent les pâturages* de Jacob % et où les bergers, veillant dans la nuit de la Nativité, entendirent l'hymne de réconciliation entre le ciel et la terre, ils gagnèrent l'ancienne route qui menait à Gaza\ Bethsora leur fournit une

i. Et ego misera Mqcie peccatrix, digna sum judicata deosculari pr»sepe... orarein spelunca... Hsecrequies mea, quia Domini mei patria est. Hieron., Ep. 86, p. 675.

2. Haud procul inde, descendit ad turrim Ader, id est gregis : juxta quam Jacob pavit grèges suos, et pastores nocte vigilantes audire meruerunt : « Gloria in excelsis Deo et in terra pax hominibus. » Hieron., ibid.

3. Statimque concito gradu, cœpit per veterem viam pergere, quœ ducit Gazam. Hieron, ibidem.

station près de la fontaine où Teunuque de la reine Candace, Juif prosélyte, converti au christianisme par Philippe, avait « changé de peau spirituelle*,» comme disait Jérôme. Ce lieu était d'une rare beauté. La source sortie d'un roc tombait d'abord dans un bassin large et profond, où Philippe et Teunuque avaient pu descendre tous deux pour le baptême paf immersion ; elle s'en échappait ensuite par nappes, pour aller se perdre dans les fissures des rochers voisins. L'ancien pays des Philistins, avec Gaza, sa capitale, leur offrait des monuments des guerres hébraïques et du fort Samson, le héros traditionnel de la contrée : ils visitèrent les plus curieux, puis, se détournant à l'est, ils suivirent le vallon de la grappe^ Escol, dont ils admirèrent en passant les vignobles*. C'est là que les explorateurs, envoyés par Moïse dans la terre promise, cueillirent ce cep et cette grappe fameuse que deux hommes eurent peine à porter sur leurs épaules, en les suspendant à un bâton '. Des raisins aussi miraculeux ne se retrouvaient plus, mais les vignobles d' Escol méritaient toujours leur renom de fertilité. D' Escol, ils passèrent dans la grande vallée de Mambré, antique résidence

1. Tacitasecum volvere, quomodo eunuchos ifithiops, gentinm populos pneflgurans, mutaverit peliem suam. Hieron., Ep, 86, p. 675. ~ Inde Betzsora. M.xiv, ubi est fons, in quo Philippus eunachum baptizavit. Itin, BierosoL

2. Atque inde ad dexteram transit. A Bethsur ?enit Escol^ qusB in Botrum vertitur. Hieron., Ep. 86, p. 675.

3. Uade in testimonium terne fertiiissimse, et in typum ejus qui dicit : Torcular ccUcavi solus, et de gentibus non est vir mecum, exploratores botrum mirœ magnitudinis portaverunt. Hieron., ibid.

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