‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 166 sur 255 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

d'Abraham et à jamais célèbre par les récits de la Genèse.

Un respect, universel en Orient, entourait ce berceau de la plupart des peuples orientaux : on venait le visiter, non-seulement de toute la Judée, mais des contrées païennes au delà du Jourdain, de Tldumée,, de l'Arabie, des déserts habités par les Ismaélites ; et le respect avait de bonne heure dégénéré en superstition*. L'arbre traditionnel de Mambré, sous lequel Abraham avait reçu ses hôtes divins se rendant à Sodome, devint par la suite des temps l'objet d'un véritable culte; ses rameaux étaient perpétuellement chargés d'offrandes et d'eœ-voto; on l'adorait comme une idole*. L'empereur Constantin crut faire cesser l'idolâtrie en abattant l'arbre et faisant construire à la place une église chrétienne ' ; mais l'idolâtrie ne prit point de change, elle se transporta sur un arbre du voisinage. Au reste, celui de Mambré avait maintes fois changé d'espèce et de lieu depuis les jours du premier patriarche. Au temps d'Abraham, c'était un chêne, au temps de l'historien Josèphe un térébinthe,

1. Illic porro œstatis tempore, celebrem quotannis mercatum agunt ejus loci incolœ, et qui ulterîus degunt Palestini, Phœoices et Arabes. Sozom., n, 4.

2. Porro singuli pro cultu ac religione 8ua hune locum yenerantur. Unusquisque enim quod carissimum habet ac pulcheirimum, id toto anno alens sedulo ac saginans, ex voto ad epulum festi illius sibi ac suis servare solet. Sozom.^ ibid.

3. Ara, qu» prius illic steterat, funditus eversa ac repurgata, statuisque incendie consumptis, ecclesiam ibidem designavit vetustati loci, et sanctitati con?enienteni. Sozom., ibidem, — Ibi basilica facta est, jussu Constantini, mirs pulchritudinis. Itin, Hierosd,

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et ce fut encore un térébinthe que Constajitin sacrifia h ses scrupules religieux ^ ; maintenant on montrait aux étrangers un chêne , et Jérôme put raconter sous son ombrage, aux amis qui l'accompagnaient, les détails que je viens (te donner et que j'ai tirés en partie de ses livres.

Ils ne quittèrent point Mambré sans aller visiter (( la caverne double » ach^ée par Abraham pour y déposer le corps de Sara*, et, gravissant une montagne assez escarpée, ils entrèrent dans la ville d'Hébron. Hébron, une des plus anciennes cités des Cbananéens, portait en hébreu le surnom de Cariath-Arbé, « la ville des Quatre- Hommes, » parce qu'elle renfermait les tombeaux d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et celui du grand Adam, le père du genre humain % quoiqu'une autre tradition place sa sépulture sous la montagne même du Calvaire. Abraham, Isaac et Jacob y avaient à leurs côtés, dans le même monument, Sara, Rébecca et Lia*, leurs femmes; on ne dit pas qu'Eve y fût près d'Adam. Le monument d'ailleurs, orné de marbres

1. Quercus quae dicitur Mambre, locus hic est quem hodie Terebinthum voGaat. Sozom., u, 4. — Quercum quœ dicitur Mambre. Ëuaeb., Constant. t?»t., III, 54. — Terebinthum. Joseph., Ant, Jud, — Ubi Abraham puteum fodit sub arbore terebintho, et cum angelis locutus est. /itn., Bierosoi, — Vestigia quercus Abraham, sub qua vidit diem Christi, et lœtatçs est. Hieron., Ep, 86, f^ 675. — Hieron., Loc, Hebr, V, Drys,

2. Nec post longum spatium intravit Sar» oeUulaa. Hieroa., Ep, 86, p. 675.

3. Adam magni quem ibi conditam, juxtaUbrum Jesu Nave, Hebrsei autumant. Hi^^n.^ ibid.

4. Ubi est memoria perquadrans ex lapidibus mir» palchritudinis, in qua positi sunt Abraham, Isaac, Jacob,. Sara, Rebecca, Lia. ftm. Bieros» '

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préci^x, était une <Buvre des Juifs;, les chrétieus y avaient ajouté une église. Nos pèlerins admirèrent^ sur les flancs de la vallée, les bassins creusés jadis pai* Othoniel, pour Tirrigation des arides terrains de la. plaine. C'était un indice rwnarquaWe de l'art des pre^ miers Hébreux et du soin qu'ils apportaient à. l'agriculture : nos voyageurs voulurent y voir aussi, tant l'interprétation mystique excitait leur imaginatixm» un symbole du baptême, dont les eaux ont porté la via dans les stérilités de l'ancienne loi^

Le lendemain de cette course aux baâsins d'Othoniel, Paula voulut partir de grand matin pour la Yilk de la Bénédiction (Caphar-Barucha), lieu où le patriarche Abraliam, pour dernier acte d'hospitalité, avait conduit les messagers divins, qui pouvaient de là, découvrir Sodome. Nos voyageurs arrivèrent au sommet du coteau quand le soleil était déjà levé *. Un spectacle à la fois triste et magnifique frappa leurs regards* Ils dominaient de là le bassin de la mer Moarte* et l'emplacement ou plutôt le tombeau des villes maudites % Sodome^ Gomorrhe, Adama et Séboïna. Aleurs^ pieds se dessinait Engaddi entouré de ses champs d'aromates, que Salomon appelait « un vignoble de

1. Aquarum ductu, siccos prions Instrumenti agros, faciebat irriguos, ut redemptionem veterum peccatorum in aquis baptivni reperiret. HieroQ.» Ep. 86, p. 675.

2. Altéra die, ortoiam sole, stetit in supercllio Caphar-Barucha/id est, . Villœ benedictionis, Hieron., ibid.

3. Unde latam despiciens solitudinem, ac terram quondam Sodom», GomorrhfB, Adams, Seboim... Hieron., ibid.

Uk SAINT JÉRÔME.

baumiers ^ » Dans le lointain, vers" le midi, et au-dessus de la périlleuse descente du Scorpion, ils apercevaient Ségor, que l'Écriture compare à une génisse de trois ans% et, plus à l'ouest, les montagnes de Séir et leur désert peuplé par les fils d'Ismaël. Que de pensées assaillirent les pieux voyageurs durant leur longue halte au théâtre des vengeances de Dieu! Que de salutaires réflexions sur cette justice patiente qui éclate, au moment venu, par des châtiments terribles, et remplit d'horreur jusqu'à la nature elle-même! Montrant au loin, près de Ségor, la caverne oii Loth, enivré par ses filles, avait donné naissance à la race incestueuse de Moab, Paula disait avec émotion à ses jeunes compagnes : « Voyez ce que peut produire l'intempérance : c'est du vin que sortent les crimes les plus affreux, n'en buvez pas * ! »

Leur voyage dans l'ancien royaume de Juda était terminé; ils reprirent la direction de Jérusalem par le bord de la mer Morte, Thécua, patrie du prophète Amos, et le torrent de Cédron, qu'ils remontèrent jusqu'à Jérusalem*. Chemin faisant, ils se délassaient par des conversations d'où la gravité n'excluait pas toujours renjouement, et Paula, d'un caractère habituellement mélancolique , s'échappait parfois en sail-

1. Contemplata estbalsami yîneas in Engaddi. Hieroo., Ep, 86, p. 675.

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