LIVRE V
lies d'une douce gaieté. On lui proposait de visiter, près d'Hébron , une vieille ville située sur une montagne assez raide,. et appelée en hébreu Cariath- SépheTy là Ville des Lettres^ parce qu'elle avait été, du temps des Chananéens, le siège d'une sorte d'académie religieuse, et sous les Israélites une cité lévitique. Paula ne s'en souciait pas, soit qu'elle n'éprouvât aucun désir de curiosité, soit qu'elle craignît la fatigue. « La Ville-des-Lettres! dit-elle en riant, nous n'en avons point besoin. On dédaigne la lettre qui tue, quand on a l'esprit qui vivifie *• » Jérôme mêlait plus d'amertume à ses plaisanteries. Lui, qui avait tant souffert des persécutions du clergé romain, et qui s'élevait naguère, avec tant d'énergie, contre l'intempérance des prêtres et la gloutonnerie des moines, ne s'épargnait guère les allusions satiriques, quand l'occasion s'en présentait. Passant un jour, avec sa petite troupe d'amis, dans la ville de Bethphagé , un des grands sièges du sacerdoce lévitique, il fit remarquer malicieusement que ce mot signifiait en hébreu la Ville des Mâchoires ^
Ils venaient de parcourir le midi de la Palestine ; ils connaissaient déjà, dans le nord, la zone qui confine à la Grande Mer, il leur restait à voir le centre de la
' 1. Noluit pergere ad Cariath'Sepher, id est, viadum litterarum : quia contemnens occidentem litteram, repérerai spiritum vivificantem. HieroQ., Ep, 86, p. 675.
2. Bethphagé, domum sacerdotcUium moûcUlarum. — Hieron., ibid*— Bethphagé, domus oris vallium, vel domus buçcœ. Hieron., De loc, et nom. Hœbr„i,n , p. 112.
t&& SAmT XÉROME.
Samarie et àe la Galilée^ ainsi que la vallée du Jourdain, iusq.u'k la mer Morte. Ce nouveau voyage fu* entrepris sans hésitation. Paula était devenue infatigable j non^seulement elle supportait les plus rudes montures, mais elle marchait à pied des heures entières, et gravissait même de hautes montagnes *. Les femmes qui la suivaient étaient toutes jeunes, et animées d'ailleurs d'une pieuse curiosité. Il fut résolu qu'on partirait au plus tôt,, mais qu'on visiterait d'abord la nKmtagne des Oliviers, dont les sentiers étroits et rocailleux n'effrayèrent personne.
Traversant donc la vallée de Josaphat du côté gauche, dans des terrains plantés de vignes * et laissant de eôté la roche sur laquelle Judas Iseariote livra son maître % ils commencèrent à gravir parmi les oliviers et quelques palmiers *, jusqu'au monticule d'où Jésus ressuscité s'éleva au ciel. Hélène y avait fait bâtir^ sous le vocable de l'Ascension, une basilique dans laquelle ils entrèrent \ C'était une rotonde de médiocre grandeur , mais splendidement ornée : Jérôme fit remarquer que la coupole en restait
i, Scandebat montem... Sicut erat înyalida, pedibus ascendît montem. ■ieroiiM Bp. 86, p. 677,
2. Âb Hierusalem euntibus ad portam quœ est contra Orientem, ut ascendatur in montem Oliveti, vallis quœ dicitur Josaphat, ad partem sinistram, ubi sunt vinese. Itin. Hierosol.