LIVRE PREMIER. il
et les femmes chrétiennes ne recherchèrent pas les étoffes nouvelles avec moins d'empressement que le& femmes païennes; seulement, tandis que celles-ci marchaient toutes bariolées des amours de Jupiter et d'Europe ou de ceux d'Adonis et de Vénus, les autres arboraient sur leur corsage, comme une confession de leur foi, quelque scène de l'Évangile ou quelque pieuse peinture de l'Ancien Testament*.
Telle était la société laïque. Pouvait-on raisonnablement exiger que le clergé romain, vivant dans ce milieu, recruté dans ce milieu, pratiquât les vertus évangéliques de continence, de renoncement à soimême et de pauvreté? L'infirmité humaine ne le permettait guère. Aussi l'amour du bien-être, du plaisir, du luxe, et la soif de l'or qui les procure, infectaient le clergé non moins que les gens du monde, et il y joignait un vice particulier à sa profession, l'ambition jalouse avec tous les désordres qu'elle entraîne. Je ne fais ici que résumer les auteurs ecclésiastiques euxmêmes. Dans les bas rangs de l'Église, les clercs détournaient des filles plébéiennes et les enlevaient à leur famille pour en faire des concubines sous les noms de sœurs agàpètes^ ou de femmes sous-introduites^ et cette plaie hideuse, commune aux Églises d'Orient et d'Occident, restait vivace malgré les anathèmes des conciles et les prohibitions des lois séculières ^ Les
1. Qui autem religiosi prœ cœteris videri vellent, historias ex Evangelio sumptas, simili arte, vestibus inclusisse. Vales. in Amm. Marc, not., ub. sup.
2. Voir, sur les SœiArs agapètes, le récit des réformes de saint Jean Chrysostome à l'Église de Constanlinople, dans mes Nouveaux récits de
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dignitaires ecclésiastiques abusaient de leur entrée dans les nobles maisons chrétiennes pour y séduire les femmes % et l'accusation d'adultère est une de celles qui sont portées le plus fréquemment contre des prêtres ou des évêques, soit devant les conciles, soit devant le public. Les veuves attachées aux églises ne cherchaient trop souvent dans cette position semi-cléricale qu'un manteau pour couvrir leurs galanteries : elles affichaient une hardiesse virile, se faisaient couper les cheveux à la manière des hommes, et portaient des vêtements qui faisaient douter de leur sexe % tandis que de jeunes diacres parfumés, frisés comme des histrions, des anneaux étincelants aux doigts, allaient de palais en palais étaler leurs grâces efféminées, et n'en sortaient que les mains pleines d'or ^
L'avidité de tous ces hommes pour l'argent était proverbiale, ainsi que les richesses accumulées par le clergé. Les captations exercées sur les femmes et sur les vieillards allèrent si loin que deux lois successives, rendues par l'empereur catholique Valentinien P', déclarèrent radicalement nuls toute donation entre vifs ou tout legs testamentaire faits à des ecclésiastiques * .
VHistoire romaine au v« siècle. — Trois ministres de l'Empire romain, p. 193 et suiv.
1. Sunt alii qui ideo Presbyteratum et Diaconatum ambiant, ut mu- Heres licentius videant. Hieron., Ep, 18, p. 40.
'2. Aliae virili habitu, veste mutata, erubescunt esse feminae, quod natae sunt, crinem amputant et impudenter erigunt faciès euouchinas. Hieron., Ep. 18, ibid.
3. Crines calamistri vestigio rotantur, digiti de annulis radiant.... Sponsos magis aestimato quam clericos. Hieron., Ep. 18, p. 40; Ep. 03, p. 755 et seqq.