LIVRE PREMIER
« Les cochers da cirque , les comédiens, les prostituées, dit à ce sujet saint Jérôme, peuvent recevoir des legs; un prêtre païen le peut, un prêtre chrétien ne le peut pas; je suis loin de m'en plaindre pour l'Église, mais je rougis pour ceux qui ont rendu Ja loi nécessaire ^. » La loi était formelle, on l'éluda sous couleur de libéralités faites aux pauvres par les mains du clergé^, et. le nouvel abus devint bientôt si criant que saint Chrysostome conseillait à ses ouailles de distribuer leurs aumônes elles-mêmes, sans en charger ni prêtre ni diacre?. La recommandation de i'évêque était encore plus infamante que la loi. 11 est évident qu'une réforme morale de la société romaine devait commencer par celle du clergé, d'où descendaient de si tristes exemples.
Diverses causes politiques, administrativ.es et religieuses, avaient contiibué à donner au siège épiscopal de Home une position exceptionnelle parmi les autres. ' Constantin, lors de l'organisation hiérarchique du sacerdoce chrétien, ayant assimilé les évêques aux fonctionnafres civils et proportionné l'importance des évêchés à celle des métropoles administratives, le siège épiscopal romain, suivant le sort de la ville éternelle, se trouva sans égal au monde. Toute privée que Rome
1. Pudet dipere : sacerdotes idolorum, mimi etaurigîB, et scorta hœredi- .tates capiunt; solis clericis et monachis hoc lege prohibctur; et prohibetur non a persecutoribus, sed a principibus christianis. Nec de lege conqueror, sed doleo cup memerimus hanc legem. Hieron., Ep, 34, p. 260.
2. Provida severaque legis cautio, et tamen , nec sic reCrenatur avari tia.... Hieron, Ep, î{4,p. 261.
3. Trois ministres des fils de Théodose, Nouveauijp récits de l'Histoire romaine au \* siècle : Eatrope.
était de l'action du gouvernement, puisque les Césars ne l'habitaient plus, la vieille métropole de l'empire, « ce domicile des lois, cette reine du monde S » comme on continuait à l'appeler, dominait toujours sa jeune rivale, au moins par la dignité. Comme elle gardait hiérarchiquement le premier rang, hiérarchiquement aussi le siège ecclésiastique de Rome eut le pas sur celui de Constantinople. La question, purement honorifique vis-à-vis de l'Orient, changea de nature vis-à-vis de l'Occident; il s'y joignit un droit de juridiction indéterminé d'abord, mais qui tendit à se dessiner chaque jour plus nettement et à s'étendre. En résumé, au point de vue administratif, le siège épiscopal romain eut dès le principe un caractère spécial qui tenait à celui de la vilLe maîtresse des nations, et de même que le préfet de Rome différait des autres préfets, l'évéque de Rome ne fut pas un èvêque comme les autres évêques.
Sous le point de vue religieux, il se passa quelque chose de semblable. Rome chrétienne hérita en fait du culte que le monde païen avait rendu pendant des siècles et rendait encore à la déesse Rome, « mère des hommes et mère des dieux, » comme dit un de ses poètes *; elle en hérita sous une formule chrétienne, celle de son origine apostolique. La tradition, univer-