‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 19 sur 255 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

sellement reçue , que le siège de Rome avait eu pour fondateur le prince des apôtres, et la présence des tombeaux de saint Pierre et de saint Paul dans ses murs * donnèrent à la métropole chrétienne un éclat religieux qui égalait presque l'ancien, ou plutôt les deux cultes se confondirent. Enfin un détail de gouvernement vint ajouter à ces raisons théoriques un argument pratique et l'exercice d'une autorité qui n'existait nulle part ailleurs. Depuis que les empereurs occidentaux avaient déserté le mont Palatin pour résider tantôt à Cologne et à Trêves, tantôt à Milan % le premier fonctionnaire ecclésiastique de Rome, l'évéque, était devenu, vis-à-vis d'un sénat organe du polythéisme, le représentant du christianisme lui-même. L'importance de l'évéque en avait grandi : il ne voyait personne au-dessus de lui , et dans les circonstances difficiles il traitait d'égal à égal, non pas seulement avec le préfet de la ville ou le consul , mais avec le corps du sénat ^. A Constantinople, au contraire, l'évéque allait se perdre dans la foule des grands dignitaires qui formaient la cour du prince *, et le prince , qui depuis Constantin se regardait comme une sorte d'ëvêque supérieur, tranchait directement beaucoup de cas litigieux soit de

1. Histoire de la Gaule sous la domination romaine, U I, passim.

2. Ego vero, inquit, Apostolorum tropaea possam ostendere. Nam sive in Vaticanum, sive ad Ostiensem viam pergere libet, occurrent tibi tropœa

orum qai Ecclesiam illam fuadaverant. Gaii, Ëp. ap. Euseb., Bist, EccL, n, 25.

3. Zozim., V, 41. — Voir dans mes Noiiveauic récits de V Histoire romaine au \^ siècle les négociatious du pape Innocent avec le préfet de la ville et le sénat, touchant les propositions d*Alaric.

4. Trois ministres des fils de Théodose, Nouveaux récits, etc., passim.

discipline ecclésiastique, soit de dogme. Le pape de Constantinople était, sous le point de vue politique, un simple évêque.; le pape de Rome fut davantage.

P Pour soutenir le rang que la force des choses leur imposait, les évéques de la ville éternelle durent adopter en partie l'appareil des hauts magistrats civils dont ils marchaient les égaux , leur luxe , leur représentation splendide, et ils bronchèrent sans peine sur cette pente naturellement glissante. La mollesse et l'orgueil allant de pair avec le luxe, le siège du pêcheur tendit de plus en plus à devenir un trône presque royal. Plus d'un évêque occidental s'en offusqua, mais l'irritation fut^ vive surtout dans les grands sièges d'Orient. « Je hais le faste de cette Église, » disait Basile de Césarée, interprète en ceci des sentiments de ses frères * . Ce poste envié s'acquérant par l'élection,

. une ambition fiévreuse envahit le clergé romain dans tous ses rangs : tout prêtre , tout diacre même voulut être pape, comme dans les armées tout soldat voulait être empereur. Rien ne fut plus épargné pour réussir, ni l'intrigue , ni la fraude , ni la calomnie , et la violence alla souvent jusqu'au meurtre. L'honnête et véridique païen Ammien Marcellin, qui fut presque témoin d'une élection papale où le sang avait coulé dans les églises et dans les rues , faisait à ce sujet ces réflexions pleines de sens : « Je ne suis pas surpris d'une telle ambition, dit-il, et je ne m'étonne pas non plus qu'on se batte si rudement pour la satisfaire, car,

i. Odi fastiim iUius Ecclesiœ. Basil., Ep, 10, ap. Baron, ad ana. 372,

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