‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 184 sur 255 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

se dirige obliquement vers la mer Rouge et l'isthme de Suez; celle de gauche projette deux grands rameaux, le premier vers le lac Maréotide, au midi d'Alexandrie, le second plus à l'occident, vers la Méditerranée, à travers les sables de la Libye : c'est ce qu'on appelle la chaîne libyque. Entre ces deux rameaux et les collines du Nil d'un côté, les sables libyens de l'autre, s'ouvrent deux larges vallées, dont la plus orientale renferme des terrains nitreux et plusieurs lacs salés S et la plus occidentale, remplie de sables et sans végétation, semble avoir été un ancien bras du Nil, et porte encore aujourd'hui parmi les Arabes le nom de Fleuve-sans-Eau*. Ces deux vallées, séparées l'une de l'autre par un. plateau de quatorze lieues dans sa plus grande largeur, composaient les domaines monastiques de Nitrie et de Scété. Rien de plus stérile, rien de plus attristant que ce royaume de la solitude avec ses sombres spectacles et ses privations pour ceux qui l'habitaient*, ses périls pour les curieux ou les dévots qui venaient le visiter.

Trois routes y conduisaient en partant d'Alexandrie, routes inégalement longues, et qui présentaient chacune son caractère particulier de fatigues et de dangers. La première franchissait d'abord le lac Ma-

i. Hic locus vulgo Nitria vocatur, eo quod vicus quidam est finitimus, in quo nitrum colligunt. Sozom., vi, 31.^ Supra Momemphim sunt nitri lacus duo, qui nitrum plurimum hahent, indeque dictus Nitriotes nomus. Strab., VII, 1. — Elle porte aujourd'hui le nom de vallée du Natron.

2. Mémoires de l'expédition française en Egypte : Vallée du Natron.

3. Est enim locus terribilis, et alienus ab omni consolatione. Pallad., Lausiac, c. 86.

tn SAJNT JÉRQME.

réotide et longeait ensuite la vallée, au milieu des cristallisations de nitre g\ des marécages §alips, jusqu'à la montagne qui formait le centre des établissemeut^ monastiques; mais le lac, soumis aux vents du large, et parfois agité comme la mer, était redouté pour plu^ d'un naufrage*; souvent aussi les fcindrières de la vall^p devenaient impraticables. La seconde route se dirigeait à l'ouest, entre la mer et le lac Maréptjde, jusqu'à SQp extrémité, puis, tournant au midi, gravissait, à tr^ver^ les sables , le contre-fort qui séparait de )a vallée 4e Nitrie celle du Fleuve-sans-Eau. Cette route passait par un pays désolé, qui n'offrait au voyageur ni une goutte d'eau ni un brin de verdure?. L'^veptureusp Mélanie avait voulu la suivre pendant jsa tournée en Egypte : elle faillit d'abord être enlevée ^vpc Rufiji par une bande d'Arabes embusqués près de la mer, et ne dut son salut qu'à la vitesse de son chevaP; puis son escorte, mal fournie de vivres et peut-être égarée, ful^ sur le point de mourir de faim et de soif*; il fallut

J. In palude Mareotide, ubi charta- nascitur, abjccti sumus in quaradam parvam insulam^desertam, et très noctes et dies sub dio mansimus, pjagno frigore ef; imbribus nobis imminontibus. Mlad., Lausiac, c. J50.

2. Nec enim cuiquam culturas aptam esse terram, salsîtas soli ac sterilitas patitur arenartim. Sulp. et Cassian. Vit. Pair., iv. ap. Rosweid, p. 550. — Rufin en énumère les périls et les difficultés dans un morceau curieux. Mélanie et lui furent sept fois sur le point d'y perdre la vie. Ruf. VU. Patr.^ II, Epilog.

3. Incidimus in latrones in littore maris... qui nos etiam eo usque sunt porsecuti, volentes comprehendere, donec nobis parvus relinqueretur spiritus, ut qui nos decies mille passus essent persecuti. Pallad., Lausiac, c. 150. — Ruf., Vit. Patr.^ ii, Epil.

4. Ambulantes per solitudinem, famé et siti prope fuimus exanimati. Pallad., ibid. — Ruf., Vit.. Pa«r., ii, EpU.

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