‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 192 sur 255 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

diles, et semblait avoir apprivoisé ces hideux aniniaux, qui ne lui faisaient point de mal ; l'autre, dit l'Ancien ou l'Égyptien, avait hérité du bâton d'Antoine, à qui il avait fermé les yeux au désert de Colzim. Arsénius enfin devait à des austérités extraordinaires la réputation d'un pouvoir surhumain, et on lui avait donné le titre de Grand. Tout, dans cette contrée de l'ascétisme, était un monument de quelque saint décédé, et chaque lieu avait sa légende S On montrait l'arbre planté par tel moine, la caverne creusée par tel autre, ou l'échelle qu'il s'était fabriquée dans le roc vif. Des bêches, des pioches, des instruments de travail ayant appartenu aux plus illustres morts, restaient comme des reliques, entre les mains de leurs disciples. Des visions, des miracles accompagnaient chaque récit, et étaient racontés avec la même foi qui les faiss^it écouter. Paula, enivrée de tant de merveilles, voulait rester à Nitrie; elle parlait d'y fonder un monastère, et ses jeunes compagnes, par un pareil mouvement d'enthousiasme, protestaient avec elle qu'elles désiraient vivre et mourir dans ce lieu béni. Il ne fallut pas moins, pour détourner Paula d'une si singulière idée, que le souvenir des engagements qu'elle avait pris à Bethléem. On peut croire aussi que les sages avis de Jérôme contribuèrent à lui faire abandonner un projet qu'il ne pouvait s'empêcher d'admirer, tout en le blâmant. « Incomparable ardeur, écrivait-il plus tard, et courage à peine croyable dans une femme! Elle

Page 1