LIVRE VII
païen, un prédicateur du polythéisme*. Jérôme commettait, il est vrai, un autre crime du même genre en faisant copier des manuscrits de littérature profane par les moines du mont des Oliviers , que Rufin dirigeait : Taustère envieux ne le trouvait pas mauvais alors, attendu que ses moines en tiraient un bon profit, Jérôme payant fort largement ^ On pouvait même lui reprocher de se faire parfois l'entremetteur de ces petites pratiques païennes, soit en portant les manuscrits h son couvent, soit en collationnant les copies sorties de la main de ses frères. « Pourrais-tu nier, disait-il à Jérôme, dans une de ces Invectives où il dressa plus tard l'acte d'accusation de son ancien ami, pourrais-tu nier qu'étant venu un jour de Bethléem à Jérusalem tu apportas ton portefeuille, et que dans ce portefeuille se trouvait un dialogue de Platon, traduit par Cicéron, et que tu laissas entre mes mains®?» Jérôme se garda bien de le nier : car, s'il y avait eu crime, l'accusateur s'avouait complice.
Cette sirène de l'antiquité classique ne lui fit jamais oublier d'ailleurs qu'il était moine, qu'il était chrétien, et qu'il devait toutes les forces de son génie à la glo-
1. Maroncm suum comicosque ac lyricos et historicos auclores, traditis sibi ad discendum Del timorem puerulis, exponebat : scilicet et ut prœceptor fieret auctorum gontilium. Ruf., Apol., U, ap. Hieron., p. 420.
2. Mercedes multo largiores, quam pro aliis scripturis. Ruf., ApoL, II, ap. Hieroii., p. 420.
3. Mihi qiioque ipsi aliquando, cum de Betbleem Jerosolymam venisset, et codicem secum detulisset, in quo erat dialogus Ciceronis; et idem ipse graecus Platonis, quod dederitipsum codicem, et aliquandiu fuerlt apud me, nuUo génère negare potest. Id., ibid.
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rificalion du Dieu dont il était le ministre. Il le sent , le répète, l'écrit jusqu'à satiété, dans ses défenses, dans ses livres, dans ses lettres intimes; et il a besoin de le dire, car la décadence des lettres était générale, et plus d'un prêtre ignorant, en Occident surtout, aimait à cacher sa honte sous le manteau du devoir chrétien. On l'accusait aussi de mêler des citations profanes à celles des Ecritures : il s'en justifie par un badinage plein de grâce, dans sa réponse à un certain avocat de Rome, nommé Magnus. u Les gens qui m'attaquent, lui dit-il, ne lisent pas plus la Bible qu'ils n'ont lu Cicéron. Ils auraient trouvé dans Moïse et dans les prophètes plus d'une chose empruntée aux livres des gentils. Et qui donc peut ignorer que Salomon proposait des questions aux philosophes de Tyr et répondait aux leurs*? L'apôtre Paul lui-même n'a-t-il pas cité, dans son épître à Tite, un vers d'Épiménide sur les menteurs ^ ? JN'a-t-il pas, dans sa première épître aux Corinthiens, inséré un vers de Ménandre, et enfin, dans sa dispute à Athènes, au milieu de la curie de Mars, n'a-t-il pas appelé Aratus en témoignage, par une fin de vers hexamètre^? Et que dirais-je des
1. Quis enim nesciat et in Moyse, et in prophetarum voluminibus quaedam assumpta de gentilium libris; et Salomonem philosophis Tyri, et nonnuUa proposuisse, et aliqua respondisse? Hieron., Ep. 83, p. 654.
2. Sed et Paulus Apostolus Epimenidis poetae abusas versiculo est, scribens ad Titum : Cretenses semper mendaces, malœ bestiœ, ventres pigri, Cujus lieroïci hemistichiuni postea Callimachus usurpavit. Id., ibid,
3. Et apud Athenienses in Martis curia disputans, Aratum testem vocat. Ipsius enim et genus sumus, quod graece dicitur : Toù yàp xai Yévo; èafiév. Et est clauaula versus heroïci. Hieron., Ep. 83, p. 055.