‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 202 sur 255 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

d'un livre à l'autre. Chaque rabbin distingué de Tibériade ou de l.ydda s'adonnait particulièrement à tel dialecte ou à tel ouvrage, dont il approfondissait l'étude : c'est à ces £|,ssistances spéciales que recourut Jérôme. Ainsi il fit venir près de lui, à grands frais, sa récente connaissance de Lydda, ce Juif qu'il appelle le Lyddien, et qui réunissait, à ce (^u'il paraît, à un trèshaut degré le goût de l'argent et celui de la science*; ils lurent ensemble plusieurs parties de la Bible, le livre de Job par exemple, qui lui coûta beaucoup de peine. Il en étudia d'autres avec un rabbin très-renommé de Tibériad'e^ Quand il voulut Hre Tobie et Daniel, il lui fallut changer de maître : ces livres sont écrits en chaldaïque, et il dut se procurer un rabbin qui connût à fond cet idiome. Le rabbin lisait le texte de Daniel en hébreu; Jérôme, qui savait parfaitement l'hébreu, traduisait sur-le-champ en latin, et des secrétaires écrivaient sous sa dictée \ Mais ce procédé lui inspira des doutes; pouvait-il répondre consciencieusement de la translation hébraïque qu'il mettait en latin? Il ne le crut pas, et pour plus de sûreté il se mit h apprendre le chaldaïque ^^ Autre labeur, autres doutes, autres ennuis. Cette langue le rebuta bien plus encore que

i. Hieron., Ep. 41, p. 34^.

2. De Tiberiade, quemdam legis doctorem, qui apud Hebraeos admirationi habebatur, assumpsi. Hieron., Paralip. Prœfat.

3. Quia vicina est Chaldseoruru lingua sermoni hebraïco, utriusque liaguœ peritissimuru loquacem reperiens, unius diei laborem arripui ; et quidquid ille mihi hebraïcis verbis expressit, hoc ego accito notario, serraonibus latinis exposui. Hieron., Toh. Prœfat.

4. Qui mihi videbar sciolus inter Hebrasos, cœpi rursus esse discipulus chaldaïcus. Hieron., Daniel. Prœfat,

3â0 SAINT JÉRÔME.

n'avait fait l'hébreu dans sa jeunesse. Par instants, il jetait là son livre , jurant de renoncer à une étude si barbare ; mais le maître imagina un curieux moyen de l'encourager. 11 avait mis en bel et bon hébreu l'adage de Virgile, laboi^ improbus omnia vincit : « au travail opiniâtre , rien d'impossible ; » et quand il voyait son élève à bout de patience, il le lui récitait avec solennité*. C'était comme l'aiguillon enfoncé au flanc d'un coursier généreux : le vieux virgilien se cabrait sous le mot de son poète préféré, il reprenait le chaldaïque, et le livre de Daniel fut traduit.

Les plus savants rabbins étaient d'ordinaire aussi les plus fanatiques, et leurs visites à Bethléem, si honorables qu'elles fussent pour la littérature hébraïque, n'étaient pas toujours sans danger pour eux. Jérôme raconte qu'un de ses maîtres n'entrait jamais chez lui que la nuit, de peur d'être lapidé par ses compatriotes et peut-être un peu par les chrétiens *. 11 ne manquait pas de gens, en effet, qui criaient que Jérôme se faisait juif; de même qu'on l'avait accusé de se faire un prédicateur de paganisme quand il enseignait Cicéron, on l'accusa d'être un apostat judaïsant quand il étudia r hébreu. L'ignorance lire parti de tout pour nuire à qui la méprise. Rufin se fit encore l'écho de ces atta-

1. Verum adhortante me quodam Hebraeo, et illud mihi crebrius ia sua lingua ingerente : Labor improbus omnia vincit,,. Hieron., Daniel. Prœfat,

2. Quo labore, qiio pretio Baraninam nocfurnum habui prœceptorem! Timebat enim Judaeos, et mihi alterum exhibebat Nicodemum. Hieron., £p. 41, p. 342.

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