‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 207 sur 255 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

guère, Tassîfetahtj l'encourageant dans ses travaux, le soutenant à ses heures de défaillance ou d'irritation. Elles s'étaient fait de l'aimer, de l'admirer et de le servir, coiîntne une seconde religion en ce monde : elles y mirent leur gloire, et furent pour beaucoup dans la sienne. Symptôme étrange de la révolution qui renouvelait par sa base la société romaine ! Un des grands noms du Capitole venait, dans un coin de la Judée conquise, s'attacher au nom vulgaire d'un prêtre dalmate, et en recevait une immortalité qui n'a point pâli à côté des souvenirs de Carthage et de Numance. Jérôme a mêlé à des deuvres aussi durables que l'Église chrétienne, dont elles sont un des joyaux, le nom et la mémoire de deux filles de Scipion. Leur savoir, leur vertu, leur douceur, leur dévouement filial pour le grand docteur d'Occident, inscrits au frontispice de nos livres saints, sont connus et célébrés jusque dans des pays où l'histoire de Rome est ignorée, et ne pénétrera peut-être jamais. Jérôme l'espérait S et elles le croyaient, abritant sous cette noble amitié leur bonheur au ciel et leur renommée ici-bas.

Les préfaces de Jérôme et ses lettres intimes nous initient aux mystères de cette communauté de trois âmes pieuses et savantes. Quand il fut installé dans son paradis (il appelait ainsi, comme on l'a vu, son cabinet de travail établi dans une grotte voisine de la

i. Exegi monumentum œre perennius, quod nulla possit destmere vetustas... ut quocumque sermo noster pcrvencrit, te laiidatàm, te in Bethleemitico agro conditam lector agnoscat. Hieron., Ep, 86. Epitaph. PatUœ, p. 608.

crèche), Paula et sa fille brûlaient de l'y visiter au milieu de ses livres et de ses scribes. Elles tentèrent enfin l'aventure, et vinrent solliciter la faveur de lire avec lui l'Ancien et le Nouveau Testament. Jérôme refusa d'abord, par sentiment de son insuffisance, dit-il ; « mais leurs instances, ajoute-t-il bientôt, étaient si douces* que je cédai. » Ils commencèrent donc à eux trois une lecture complète de la Bible, chacun apportant dans ce travail commun un caractère et des dispositions différentes. Paula, lente à prendre la parole, était prompte à écouter, suivant le précepte de VExode^ qui dit: « Écoute, Israël, et tais-toi*. » Elle savait par cœur les Écritures, et, tout en aimant l'interprétation historique et le sens naturel, qui sont le fondement de leur vérité, elle en recherchait avec passion le sens spirituel, comme plus approprié aux élévations de l'âme ^ Avec cela, son esprit, difficile à contenter, voulait approfondir chaque chose : il lui fallait des explications sur tout. « Quand j'avouais ingénument mon ignorance, raconte Jérôme, elle ne se rendait pas; elle voulait connaître les opinions des auteurs et mon

i. Denique compulit me, ut vêtus et novum Instrumentum , cum filial me disserente, perlegeret. Quod propter verecundiam negans, propter assiduitatem tamen et crebras postulationes ejus prœstiti, ut docerem quod didiceram... Hieron., Ep, 86, p. 680.

2. Tarda erat ad loquendum, velox ad audiendum : memor illiusprœcepti : « Audi, Israël, et tace, » Id., ihid,

3. Scripturas sanctas tenebat memoriter. Et quum amaret historiam, et hoc veritatis diceret fundamentum , magis tamen sequebatur intelligentiam spiritualem : et hoc culmine, œdiflcationem animoB protegebat. Id., ibid.

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