LIVRE PREMIER. n
bien illustre , le plus illustre dont pût se glorifier une ville chrétienne, car c'était Athanase,évêque d'Alexandrie, le même qui, n'étant encore que diacre, fit prévaloir au concile de Nicée la doctrine catholique de la consubstantialité. Persécuté depuis lors par les ariens, il avait été banni à Trêves du vivant de Constantin, puis rappelé et réintégré par Constance dans son siège, où de nouvelles persécutions ne tardèrent pas à l'assaillir. Obligé de fuir pour sauver sa vie menacée, il trouva un asile près de l'évêque de Rome, à qui il demanda des juges pour sa propre justification et pour la confusion de ses ennemis *. L'évêque de Rome l'accueillit bien, et si Athanase n'eut pas la satisfaction de montrer à l'Occident jusqu'où allait en Orient l'imposture arienne, aidée de la connivence des magistrats, il y laissa du moins des aspirations de réforme auxquelles son nom reste attaché.
11 amenait avec lui à Rome deux solitaires égyptiens qui avaient quitté le désert de Ni trie pour partager son exil. L'un se nommait Ammonius, et devint célèbre plus tard comme abbé d'un des grands monastères de la contrée *; l'autre, appelé Isidore, était l'homme de confiance d' Athanase, qui, pour le fixer près de lui, l'institua grand hospitalier d'Alexandrie ^ On avait bien entendu parler en Italie des cénobites d'Egypte
1. Baron, ad ann. 340, 6. — Tillem., Mém, Ecoles., t. VIII, p. 75 et seqq. — Fleary, Hist, Eccl., 1. xii, 20.
2. Inter monachos vir admirabilis ûomine Ammonius. Socrat., nr, 23.
3. Isidcrus qui erat et Presbyter et Xenodochus Alexandrinae ecclesi»... Cujus eliam cellam vidi in monte Nitrise. Pallad., Hist. ad Laus,, Bibt, vet. Pair., t. H, p. ^01. Paris, 1624.
et de Syrie et de leur existence étrange, environnée de prodiges, mais c'était par de vagues récits, et on n'en avait jamais vu aucun : ceux-ci furent donc l'objet d'une curiosité presque égale à celle qu'excitait leur évêque. Rien n'était plus dissemblable que ces deux hommes sortis de la même vie, animés du même enthousiasnie pour la solitude, mais d'âge et de caractère différents. Le plus âgé, Ammonius, semblait porter le désert avec lui ; toujours silencieux et triste, il affectait pour ce qui Tentourait une indifférence pleine de dédain : pendant tout le temps qu'il habita Rome, il ne voulut rien visiter des curiosités de cette métropole de l'univers que les tombeaux des apôtres Pierre et Paul \ Tout au contraire Isidore, qui avait h peine vingt ans, seniontrait facile à toutes les impressions, s'intéressait à touf, recherchait le monde et la compagnie des femmes , et bientôt le moine égyptien, choyé en tous lieux, se trouva introduit dans la plus haute société de Rome. « Il connaissait tout le sénat, nous dit un contemporain, et même les principales dames de la ville ^ » Isidore suivait ordinairement Athanase dans ses visites, soit chez Eutropie, tante de l'empereur Constance et sœur du grand Constantin, restée catholique en dépit des hérésies de sa famille, soit chez Abutéra, Spérantia et autres matrones dont l'exilé nous a conservé les noms. Ammonius les accompagnait quelquefois. Une
1. Qui quidem adeo parum curiosus exstitit, ut quum Bomam venisset, una cum Âthanasio, ex magnificis urbis operibus nullum videre desidcraverit, sed solas Pétri et Pauli basilicas. Socr., iv, 23.
2. U erat Romae notus cuncto senatui et procerum uxoribus. Pallad., Vist, Laus., ub. sup.