‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 22 sur 255 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

des maisons que les Égyptiens fréquentaient le plus volontiers était celle d'Albine, veuve d'un haut rang, aussi distinguée par l'esprit que par l'illustration du nom ^

Restée libre de bonne heure, Albine avait renoncé aux secondes noces pour se vouer tout entière à l'éducation de sa fille unique, Marcella, encore enfant. Malgré sa ferveur chrétienne > elle aimait le monde et en partageait les idées ; elle rêvait pour sa fille un mariage éclatant et l'honnêteté avec beaucoup de richesses *. Au rebours de sa mère^ Marcella, qui pouvait avoir sept ou huit ans, était d'humeur mélancolique et pensive ; son esprit, ouvert, attentif au delà des habitudes de son âge, semblait traversé quelquefois par des éclairs d'exaltation et d'opiniâtreté bizarres. Elle assistait près d'Albine aux conversations des exilés d'Egypte, et n'était pas la dernière à s'intéresser à leurs discours, quand ils abordaient les questions relatives à la vie monastique, ce sujet d'un intérêt si neuf pour les Occidentaux. La peinture du désert, de ses horreurs, de ses combats, de ses prodigieuses austérités, de ses visions étranges, faite par des hommes qui en avaient goûté eux-mêmes les émotions fantastiques, avait quelque chose de poignant, capable de remuer l'imagination Ja plus calme. On passait en revue les héros de ces luttesmystérieuses, comme celle de Jacob, où l'homme, perdu dans la solitude, se trouvait en contact direct tantôt avec les esprits malins , tantôt

1. Athaaas. Apol, 1, p. 077 et C78. — Hieron., Ep, 96, p. 778.

Page 1