LIVRE VIL
cette ville remporte sur toute la Judée. Elle fut, dit-on, la demeure et le tombeau d'Adam, notre premier père,elle fut le lieu de la mort du Christ : sa sainte montagne s'appelle Calvaire, c'est-à-dire crâney parce qu'elle recouvrait le crâne du vieil homme ; afin que le second Adam, par le sang divin qui découla de sa croix, effaçât le péché du premier*. »
C'était en effet, comme nous l'avons dit dans un récit précédent, une tradition orientale, que le père des hommes , mort à Jérusalem , avait été enterré au Golgotha, sous le roc qui devait recevoir, au temps marqué par les prophéties, la croix du Sauveur. La tradition ajoutait qu'au moment où le Christ expira, où le jour se voila, où la terre tressaillit jusque dans ses fondements, Adam sortit de son sépulcre pour n'y plus rentrer. En mémoire de ce fait traditionnel, les Orientaux, dans les représentations de la mort de Jésus, plaçaient toujours un crâne au pied de la croix. Cette tradition d'une si haute poésie avait frappé sans doute les deux amies de Marcella, durant leur visite au saint sépulcre; et l'image du père des hommes, s'élevant du pied de la croix pour y recevoir la rosée sanglante de l'expiation par les souffrances du juste, complétait magnifiquement à leurs yeux les grandes scènes de la rédemption.
Abordant le double caractère de Jérusalem, cité
1. Unde et locus in quo crucifixus est Dominus nosier^ Calvaria appelatur; scilicet quod ibi sit antiqui hominis calvaria condita, ut secundus Adam, et sanguis Christi de cruce stillans, primi'Adam et ja^centis protoplasti peccata diluerct. Paul, et Eust., Ep. ap. Hioron., Ep. 4i, p. 547.
bénie et cité maudite, les correspondantes de Marcella cherchent à combattre, dans l'esprit de leur amie, l'impression qu'avaient pu y laisser des bavardages inconsidérés ou malveillants. Marcella avait écrit, à ce qu'il paraît, qu'elle ne pourrait jamais habiter Jérusalem, que le seul aspect de la ville déicide, de la terre qui avait bu le sang du Sauveur, lui serait insupportable ^ « Que fais-tu donc à Rome? lui répondent-elles. Rome n'a-t-elle pas reçu le sang de Pierre et de Paul, ces généraux de l'armée du Christ* ? Si la confession d'un homme, d'un esclave même, est glorieuse et sainte, que n'est pas celle d'un Dieu ? Nous allons baiser les os des martyrs, et il y a des gens qui pensent qu'il faut dédaigner le sépulcre où Dieu lui-même a reposé ! Ceux qui pensent ainsi n'ont qu'à consulter le diable et ses anges : chaque fois qu'on traîne un possédé devant le divin tombeau , il faut voir ses contorsions, il faut entendre ses gémissements. Le démon est là. qui frémit, comme devant le tribunal du Christ; il se lamente, mais trop tard, d'avoir crucifié son terrible juge^ Si ce mot qu'on nous répète à satiété : « Jérusalem est un lieu détestable*! » si ce mot était vrai.
1. Maledictam terram Dominant, quod cruorem Domini hauserit. Paul, et Eust., Ep, ap. Hieron., Ep. 44, p. 550.
2. Et quomodo benedicta loca putant, in quibus Petrus et Paulus, christiani exercitus duces, sanguinem fudere pro Christo? Paul, et Eust., ibid,
3. Si nobis non credimus, credamus saltem diabolo et angelis ejus; qui quotiescumque ante illud de obsessis corporibus expelluntur, quasi in conspectu tribunalis Christi stantes, contreniiscunt, rugiunt, et sero dolent crucifixi&se, quem tlmeant. Paul, et Eust., 1. c.
4. Si post passionem Domini (ut scelerata vox concrepat) hic détesta-