‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 220 sur 255 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

parce que le Christ y a souffert, pourquoi Paul avait-il tant de hâte de s'y reridre? Pourquoi disait-il à ses frères, qui le retenaient : « Que faites-vous là à pleurer et à troubler mon cœur ? Je suis prêt non-seulement à être lié, mais à mourir dans Jérusalem pour la confession de mon Dieu. » A la suite des apôtres, combien d'évêques, combien de martyrs, combien de docteurs, sont venus d'âge en âge visiter Jérusalem, persuadés qu'il leur manquerait quelque chose dans l'esprit et dans le cœur, dans l'éloquence et dans la foi ; qu'ils n'atteindraient pas à la perfection, s'ils ne venaient adorer, dans le lieu où l'Évangile a illuminé le monde pour la première fois, du haut d'un gibet. On raconte qu'un auteur célèbre reprochait jadis à quelqu'un d'avoir appris le grec non à Athènes ^mais à Lilybée, le latin non a Rome mais en Sicile, chaque province ayant en propre quelque chose qui manque aux autres. Eh bien ! pourquoi ne dirions-nous pas aussi que, hors de notre Athènes des études chrétiennes, nul n'en atteindra le sommet* ?

« Pardonne-nous ce langage. Nous ne prétendons pas posséder le royaume de Dieu et nier qu'il y ait quelque sainteté ailleurs; nous voulons dire qu'on voit arriver ici tout ce qu'il y a de plus saint et de plus

bilis locus est; quid sibi voluit Paulus Jërosolyniam festinare? Paul, et Eust., ap. Hieron., Ep, 44, p. 550.

i. Certe si etiam prseclarus orator reprehendendum nescio quem putat, quod litteras graecas non Athenis, sed Lilybaei : latinas non Romse, sed in Sicilia didicerat : quod videlicet unaquaeque provincia babeat aliquid proprium, quod alia seque habere non possit ; cur nos non putnmus absquc Atlienis nostris, quemquam ad studiorum fastigia pervenisse ? Ibid.

savant dans le monde entier. Nous y sommes venues, non assurément comme les premières, mais comme les dernières, afin de voir et d'entendre. C'est une fleur, une pierre précieuse dans la parure de l'Église, que ces chœurs de moines et de vierges qui couvrent la Palestine \ Quiconque se distingue par la science chrétienne au fond des Gaules n'a qu'une pensée : arriver ici. Le Breton, « séparé de notre monde, » quitte son soleil couchant, et se met à la recherche de la lointaine contrée que l'astre des Évangiles lui révèle. L'Orient fait la même chose. L'Arménie, la Perse, les Indes, l'Ethiopie, l'Egypte même, si féconde en solitaires, le Pont, la Cappadoce, la Mésopotamie, nous envoient leurs plus chers enfants. L'univers converge ici, suivant le mot du Sauveur : « Où est le corps, là se réuniront les aigles. »

« Nous tardons à te peindre la petite campagne du Christ et l'hôtellerie de Marie ^ mais en quels termes le faire ? En face de celte grotte vénérable de la crèche, il y a plus de respect dans le silence que dans la parole. Nous n'avons point à décrire d'ailleurs des rangées de vastes portiques, des lambris d'or, des murailles décorées par la sueur des misérables et le travail des condamnés : la demeure du Dieu fait homme n'est point un de ces palais où vous vous empoisonnez avec

1. Certcflos quidam et pretiosissimus lapis inter ecclesiastica oruamenta, monachorum et virginum chorus est. Paul, et Eust., Ep., ub. sup.

2. Verum ut ad villulam Christi et Mari» diversoHum veniamus (plus enlm laudat uousquisque quod possidet) ; quo sermone, qua voce speluucain libi possumus Salvatoris exponere? Id., ibid.

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