LIVRE VIL
délices, pensant qu'il vaut mieux apercevoir vos toits que contempler le ciel. C'est dans un petit trou de la terre, dans une fissure de rocher, qu'est né l'architecte du firmaments Oh ! je crois ce lieu plus saint que la roche Tarpéienne, tant de fois frappée de la foudre, parce qu'elle est profane et odieuse au Seigneur*.
« Lis l'Apocalypse de Jean, et vois ce qu'il dit de la femme vêtue de pourpre, au front de laquelle est écrit : « blasphème, » qui est assise sur ses montagnes et environnée d'eau. La reconnais-tu? Comprends-tu aussi cet ordre du Seigneur : « Fuyez du milieu de Babylone, car elle est devenue le domicile des démons ? » Je ne veux certes point déprimer l'Église où sont les trophées des apôtres; mais l'ambition, la puissance, la grandeur de la ville, la nécessité de voir et d'être vu, de saluer et d'être salué, de louer et de critiquer, d'entendre parler sans cesse, de voir toujours des foules de monde, tout cela l'a gâtée, tout cela oppose un obstacle insurmontable à la quiétude du vrai moineS.. On vous visite : si vous ouvrez votre porte, adieu le silence ; si vous la fermez, vous êtes des orgueilleuses. Rendez-vous la politesse due au monde ; vous vous acheminez vers les palais des grands, vous
1. Ecce in hoc parvo terrse foramine, caelorum conditor natus est. Panl. et Eust., Ep. ap. Hieron., Ep. 44, p. 551.
2. Et hic puto locus sanctior est rupe Tarpeia, quae^ de cœlo sœpiiis fulminata, ostendit quod Domiao dispUceret. Ibid»
3. Sed ipsa ambitio, potentia, magnitudo Urbis; videre et videri, salutari et salutare, laudari et detrahere, vel audire, vel proloqui, et tantam frequentiam hominum saltem invitum videre, a propnsito monacborum et quiète, aliéna simt. Ibid.
traversez une cohue de valets insolents, au milieu de caquetages méchants ou grossiers*; enfin vous franchissez les portes dorées, et Tœuvre de la médisance commence. Chez nous, tout est simple, tout est rustique : on ne parle que psaumes ; ^ucun mot frivole ne vous distrait. Le laboureur chante V Alléluia en conduisant sa charrue; le moissonneur, couvert de sueur, se rafraîchit en entonnant un psaume, et c'est encore David qui fournit la chanson du vigneron* occupé à tondre sa vigne. Voilà la poésie de ce pays-ci, ses chants d'amour, la flûte de ses bergers, l'amusement de ses paysans*.
« Oh ! quand viendra le temps où un courrier hors d'haleine nous apportera cette bonne nouvelle : votre Marcella vient d'aborder en Palestine M Quel cri de joie dans tout le chœur des moines, dans tout le bataillon des vierges ! On ne pourra nous arracher à cet embrassement si longtemps souhaité. Le jour ne luirat-il pas où nous entrerons ensemble dans la caverne du Christ; où, penchées sur le sépulcre divin, nous pleurerons avec une sœur, nous pleurerons avec une mère*; où nos lèvres s'attacheront près des siennes au bois sanctifié de la croix ; où, sur le mont des Oliviers,
1. Inter linguas rodentium ministrorum, postes iagredimur auratos. Paul, et Eust., ap. Hieron., Ep. 44, p. 552.
2. Haec sunt in hac provincia carmina, h», ut vulgo dicitur, amatorise cantationes, hic pàstorum sibilus, hic arma culturae. Ibid.
3. O quando tempus illud adveniet, quum anhelus nuntium viator apportet, Marcellam noBtram ad Palestinae littus appulsam. Ibid.
4. In sepulcro Domini flerç cum sorore, flere cum matrc. Ibid.