LIVRE Vil
nous sentirons s'élever nos désirs et notre ame dans l'ascension du Sauveur? Ne vois-tu pas sortir de la tombe Lazare, emprisonné dans son linceul? Ne vois-tu pas les eaux du Jourdain devenir plus pures pour baigner le corps de Jésus? Voilà les bergeries des pasteurs, courons-y; voilà le mausolée de David, entrons-y prier. Écoutons : c'est le prophète Amos, qui, du haut de sa roche, embouche la corne des bergers, et fait retentir au loin tout le pays. Puis entrons dons Nazareth, cette fleur de la Galilée, comme le dit son nom S et ensuite, par Siloh, Bethel et d'autres lieux où des églises s'élèvent comme les étendards des victoires du Christ, nous retournerons vers notre caverne. Là nous chanterons toujours, là nous pleurerons souvent; le cœur blessé de la flèche du Seigneur, nous dirons ensemble : « J'ai trouvé celui que cherchait mon âme, je le tiens et ne le laisserai point partir. »
La lettre de Jérôme se terminait ainsi :
(( Nous qui avons déjà traversé en flottant bien des espaces de la vie, et dont la fragile nef, battue par les tempêtes, brisée par les écueils, fait eau de toutes parts, hâtons-nous d'entrer dans le port\ Ce port, c'est la solitude et les champs. Nous te les offrons. Ici
1. Ibimus ad Nazareth, et juxta interpretationem nomînis ejus, florem vidcbimus Galileae. Paul, et Eust., Ep. ap. Hieron., Ep. 44, p. 552.
2. Quapropter quia multa jam vit» spatia transmisimus iluctuando, et navis nostra nunc procellarum concussa turbine, nunc scopulorum illisionibus perforata est, quum primum licet, quasi portum quemdam sécréta ruris intremus. Hieron., Ep. 45, p. 553.
du pain bis, des herbes arrosées de nos mains, du lait, notre gourmandise rustique : vile, mais salutaire nourriture ! A ce train de vie, nous ne craignons pas que le sommeil nous détourne de l'oraison, ou que des lourdeurs d'estomac interrompent notre lecture. En été, nous trouvons sous les rameaux d'un arbre la fraîcheur et la retraite. En automne, un lit de feuilles au grand air nous présente un lieu fait pour le repos*. Au printemps, quand lés champs se peignent de fleurs, quand les oiseaux gazouillent sur nos têtes, le chant des psaumes est bien plus doux*. Arrivent l'hiver, le froid et les neiges, je n'ai pas besoin d'acheter du bois ; la forêt voisine m'en fournit assez pour veiller ou dormir chaudement à bon compte. Que Rome garde pour elle ses tumultes; que ses arènes cruelles rougissent toujours du sang des gladiateurs; que des applaudissements insensés ébranlent toujours son cirque, et que la luxure règne sur ses théâtres ; enfin, pour parler de nos amis, que le sénat des matrones y soit visité chaque jour ® ! Nous autres ici, nous pensons qu'il est bon de s'attacher à Dieu et de mettre en lui toute son espérance, afin que, quand nous changerons cette pauvreté d'ici-bas pour les richesses d'en haut,
1. Si œstus est, secretum arboris umbra praebebit. Si autumnus, ipsa aerls temperies, et strata subter folia, locum quietis ostendunt. Hieron., Ep. 45, p. 553.
2. Veré ager floribus pingitur, et inter querulas aves Psalmi dulcius cantabuntur. Id., ibid.
3. Habeat sibi Roma suos tumultus, arena sflBviat, cîrcus insaniat, tbeatra luxurient : et quia de nostris dicendum est, matronarum quotidie visitetursenatus! Id., i6/cî.