‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 228 sur 255 · LIVRE VIII. 35d · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. 35d

Mais Origène ne sentait pas assez qu'il entraîrnait la religion du Christ hors de sa voie véritable, la simplicité et la foi. Les païens eux-mênies sign^^ lèrent ce vice de la nouvelle doctrine, a Ce fut Téeueil d' Origène, écrivait Porphyre, son admirateur sincère autant qu'etmemi du culte chrétien. Il corrompit ce qu'il y avait d'excellent dans sa personne et dans sa science par ce mélange qu'il entreprit de la philosophie et du christianisme, car, menant une vie chrétienne contraire à toutes les lois, iJ suivait, sur la Divinité et sur tout le reste les sentiments des Grecs qu'il recouvrait des fables des barbares \ Platon était son auteur favori; il lisait assidûment les écrits de Numène, de Longin et des plus habiles pythagoriciens; les stoïciens aussi, Coj^nutus surtout, étaient ses maîtres. 'Ayant appris par cette étude la manière d'expliquer et d'entendre les mystères des Grecs, il l'a appliquée aux écritures judaïques*. » Ceci est une récrimination païenne; mais on ne peut disconvenir qu'en lavant le christianisme des imputations d'ignorance sur lesquelles vivaient ses ennemis, en appelant les chrétiens eux-mêmes à l'étude des brillants systèmes qui passaient alors pour la vérité phi-

pbia praestantissimi, e}us se magisterio subjecerunt... Quidam ex^ ipsis comprehensi, martyrio perfuncti sunt. Euseb., vi, 3.

i. Orjgenes, Gentilium innutritus disciplinis, ad barbaram decHnavH audaciam. Quantum quidem ad mores, chrietiano ritu et adversu» legum prœscripta vivens; quantum vero ad opiniones de rébus ipsis ac de Deo spectat, griBcissans et Graecorum seu Gentilium sermones peregrinis suppooens fiabuUs : versabatui; enim assidue cum Platone. Porph., ap. Ëuseb*^ VI, 19.

2. A quibu*, quum aîlegorkum in expKcandis Graecorum mysteriis modun^didicieset, cum judaîcis scripturis adkibuit. Id., ibid.

3fi0 SAIiNT JÉRÔME.

losophique, en imprimant enfin à l'exégèse chrétienne l'élan sublime qui a produit après lui les Grégoire de Nazianze, les Basile, les Chrysostome et Jérôme luimême, au moins en partie, Origène n'ait rendu un immense service à cette religion qu'il avait si intrépidement confessée. 11 était d'ailleurs d'une parfaite bonne foi , reconnaissant ses erreurs quand on les lui montrait, et faisant amende honorable d'avance pour celles qui ne lui étaient point signalées. S'il pécha par trop de science, il le fit en illuminant bien des vérités. Un concile qui l'excommunia de son vivant disait de lui, dans un amer mais magnifique langage : « Pareil à SataYi, dont il est fils, Origène est tombé du ciel comme un éclair. »

Après sa mort, la division créée par ses écrits se perpétua : il eut des adversaires; il eut des admirateurs éclectiques qui distinguèrent en lui le mal du bien; il en eut d'absolus qui adoptèrent tout sur la parole dir maître. Rentré en esprit, comme un triomphateur, dans cette patrie qui l'avait chassé, l'ancien excommunié redevint le roi de son école. J'ai dit, à propos de Didyme l'aveugle, quel culte presque idolâtrique y entourait sa mémoire. Lorsque des hommes tels que Didyme, imbus de ses doctrines, mais éclairés par les décisions récentes de l'Église, expliquaient les livres du grand docteur, ils se gardaient eux-mêmes des opinions aventureuses et en garantissaient soigneusement les autres. Toutefois, avec moins de clairvoyance, on pouvait se laisser égarer, et il sortit, des subtilités extrêmes de l'origénisme, plus d'une hérésie immorale

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