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OU antichrétienne \ D'ailleurs, le fils du martyr Léonide avait été le plus fécond des écrivains ecclésiastiques ou profanes. « Notre Varron n'est rien à côté de lui, disait Jérôme; il a plus composé qu'un homme comme nous ne pourrait copier dans toute sa vie^ » Quelle difficulté alors de faire un choix parmi tant de livres, de tenir le fil de l'orthodoxie h travers un tel dédale d'opinions confuses!
Ce goût exagéré du symbole qui respire dans les écrits d'Origène charmait l'imagination vive des Orientaux; mais l'idole de l'Orient ne trouvait en Occident qu'une médiocre estime. Rome l'avait condamnée autrefois. Église pratique avant tout, église de la lettre, comme eût dit Paula^ elle n'avait pas vu sans appréhension ces audaces de l'esprit qui vivifient sans doute, mais qui trompent. Même en Orient, on avait l'exemple de sectaires fanatiques qui, poussant à l'excès la manie des interprétations figurées , n'apercevaient plus l'Ancien et le Nouveau Testament que dans les nuages d'une vision apocalyptique. Une forte tendance vers ce mysticisme, où le sens religieux se perdait avec la lettre des Écritures, existait en Palestine, pays de prédilection du docteur exilé, qui y avait profondément imprimé sa trace. La ferme raison de Jérôme sut s'arrêter sur cette pente. Orîgéniste passionné dans le principe, il s'était cantonné dans de plus
1. Hydra, haereseon multiceps. Theoph. Alex., Lib. Pasch., I, ap. Hieron., p. 096.
2. Tantos libros composuit, quantos quivis nostrum aliènes sua manu describere non possit. Hieron., Ep. 29, p. 68.
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justes limites à mesure qu'il apprenait davantage, et quand il recommandait Origène et Didyme aux moines €m aux nonnes de Bethléem, quand il traduisait les homélies du maître, il savait en signaler les périls ou en corriger lui-mênf>e les erreurs.
Parmi les propositions d'Origène qu'on pouvait taxer d'hérésies, quatre surtout furent mises ou remises en discussion vers l'époque ou se passent nos récits, et donnèrent lieu à un commencement de vive controverse et de lutte sur différents points de l'Orient, principalement en Egypte. La première de ces propositions regardait la préexistence des âmes. Par une doctrine qui tenait de Platon, de Pythagore et de quelques hérésiarques gnostiques, Origène avait enseigné que tes âmes préexistaient à leur union avec les corps, et qu'elles avaient péché à l'état de purs esprit». Leur entrée dans un corps mortel, soumis aux besoins et aux maladies, leur assimilation aux animaux, leur vie terrestre en un mot, était le châtiment de leur péchés Nos premiers parents, coupables de désobéissance envers le Créateur, avaient été relégués ainsi dans une prison d'os et de chair, et c'est ce que signifiaient, dans le livre de la Genèse, les tuniques de peaux de bêtes dont Adam et Eve se couvrirent après
d. Qnod animsB in cœlorum regîonibus aliquid peccaverunt, et idcirco in corpora relegatœ sunt. Theoph. Alex., Lib. Pasch.,}^ apud Hieron., p. t)96. — Animas, Angeles Aiissein cœlis; etpoatquani peçcaverint ia supernis, dejectas esse in islum mundum et quasi in tumulos et sepulcra : sic in corpora i&ta relegatas, po&oas antiquorum luere peccatorum. Epipha». jE'p., ap. Hieron., p. 824.
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leur chute*. Une seconde proposition, qui se liait à la première, regardait la résurrection des morts au jour du dernier jugement. Sous quelle forme s'accomplirait cette suprême résurrection ? Les morts sortiraient-ils du tombeau avec les corps qu'ils auraient eus pendant la vie, avec leur sexe, avec leur laideur ou leur beauté? Origène prétendait que non. Cette dépouille, sui-. vant lui^ devait rester sur la terre, comme la chaîne du captif rendu à la liberté reste dans la prison où il vient d'achever sa peine. Une figure plus éthérée et inaltérable attendait l'âme, qui irait recevoir, par l'aFrêt du souverain juge, sa récompense ou son châtiment^. Il repoussait d'ailleurs la croyance aux peines éternelles : c'était là une troisième proposition en rapport avec les deux autres.
Origène, en effet, voyait dans les épreuves de la vie un moyen de purification offert aux êtres faillibles par l'infinie bonté de Dieu, et le repentir était à ses yeux l'instrument tout-puissant du pardon. Le repentir et la miséricorde divine, sa compagne, devaient s'étendre jusqu'aux anges rebelles, et un jour viendrait où Satan lui-même, repentant et pardonné, replacerait sur son front le diadème des archanges : l'enfer alors serait aboli \ Origène tirait cette conséquence de
i. Tiuiicas pellkeaa.... humana esse corpora. Epipban. Ep,^ ap. Hieron., p. «25.
2. Singula membra negat, et corpus quum constat ex membris, dicit aoa r«isurgere... Futurœ AngeloC'um sinûles (aaiaaœ.)^ habebuat ei naturam... Liberata» dôdigaatiir oum caroe et osaibua te^rg^re. Hieron.., Ep. 41, p. 344.
'Si Sur perinU^et. omoia^ ut éjd Ai'obangek)^ postai âiaboki» ôeri, et nirsus
répître de saint Judç, où il est dit que l'archange Michel, lorsqu'il précipita Lucifer dans l'abîme, s'abstint de prononcer sur lui la malédiction. Cette proposition hétérodoxe souleva tout d'abord tant de clameurs qu'Origène se vit contraint de la retirer et qu'il la nia ensuite. La ressemblance de l'homme avec Dieu, d'après les termes de la Genèse, donnait lieu à une quatrième hypothèse du docteur alexandrin, non moins hardie, non moins discutée que les autres. « Sans doute, disait-il, Dieu a créé l'homme à son image, mais comme âme et esprit ; la ressemblance a cessé avec la faute : elle n'existait déjà plus dans le paradis terrestre, quand nos premiers parents y revêtirent cette forme matérielle, soumise aux infirmités, aux misères, aux vices, que l'Écriture appelle symboliquement des peaux de bêtes : elle renaîtra avec l'expiation \ » Le livre de Moïse était d'ailleurs pour lui une simple allégorie dans laquelle s'évanouissait la réalité du récit historique. Le paradis ne lui paraissait qu'un symbole : dans les arbres dont ce jardin était planté, il voulait voir de purs esprits ; dans ses fleuves, des vertus célestes ^ On comprend que cette méthode d'interprétation fût plus favorable à la poésie qu'à la foi.
Diabolus in Angelum revertatur. Hieron. , Ep. 94 , p. 762. — Ipsos 'dsemones ac rectores tenebrarum, ad antiquum redire principium. Id., ibid* — Ep. 41. pass. -^ Theoph. l. c. — Diabolum ad eamdem redituriim dignitatem et conscensiirum régna cœlorum. Epiphan. Ep^ ap. Hieron., p. 825.
1. Inter multa mala etiam illud ausus est dicere : perdidisse imaginem Deî Adam.... Quod imago Dei qnam prias acceperit Adam, illo peccante perierit. Epiphan. Ep., ap. Hieron., p. 827, 828.
2. Omnes arbores quae scribuntur in Genesi sic allegorice intelligendae,
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J'ai dit qu'une lutte fort animée, cjncornant ces propositions et quelques autres, venait de s'ouvrir en Egypte- Le patriarche d'Alexandrie trouva mauvais qu'on se permît d'attaquer un nom qui contribuait à la gloire de sa cité et à l'éclat de son siège épiscopal, et comme chez Théophile, qui occupait alors ce siège, la persécution était fort voisine du blâme, il traita rudement les moines ou les prêtres trouvés coupables de pareilles critiques. Théophile d'ailleurs, origéniste . déposition, passait pour l'être aussi de conviction, car c'était lui qui avait inculqué à Rufln, durant son séjour en Egypte avec Mélanie, quelques-unes des opinions du grand docteur alexandrin. Dans l'esprit logique et froid du prêtre d'Aquilée, ces opinions avaient pris un corps, et, à la différence de Jérôme, qui puisait dans ôrigène des armes pour fortifier sa propre orthodoxie, Rufm refaisait Origène à son image, prêtant à ce maître un peu fantasque l'esprit d'ensemble et de cohésion, qui lui avait toujours manqué. Au dire de Rufm, Origène était la lumière de l'Évangile après les apôtres ^ 11 le redit tant de fois à l'évêque de Jérusalem, avec lequel il s'était lié ; il lui en donna tant de raisons arrangées à sa manière, que Jean de Jérusalem, fort médiocre savant, se fit à peu près origéniste, sur la parole de Rufin.
quod.... angelicœ fortitudines.... de aquis, quas super firmamentum suDt, con esse aquas, sed fortitudines quasdam angelicse potestatis. Epiphan. Ep., ap. Hieron., p. 826. — Origenem quis audiat, in tertio cœlo donantem nobis Paradisum? Id., ibiiL
\ . C'était aussi l'opinion do Sulpice Sévère : « Neminem post Apostolos habeat sequalem, in ea parte quaeprobatur. » Sulp. Sever., Dial, 4.
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Les choses en étaient là, lorsqu'en l'année 395 un certain Aterbius, théologien subtil, qui avait pris à tâche de combattre Origène^ arriva dans Jérusalem, suivant à la trace les disciples pour les saisir corps à corps avec le maître. Aterbius fit son enquête avec une adresse perfide : il vit l'évêque de Jérusalem et assista è. ses homélies; il s'entretint plusieurs fois avec Rufin, et tâcha de savoir de lui ce qu'il fallait penser de Jérôme*; puis il lança tout à coup dans le public un manifeste par lequel il dénonçait l'évêque, le moine Jérôme % ami de Rufin, ce dernier surtout, comme des origénistes, et le diocèse de Jérusalem comme atteint tout entier de cette lèpre funeste. Jérôme ne perdit pas un moment pour se justifier, indiquant de quelle façon il suivait Origène, de quelle façon aussi il le condamnait : sa déclaration était nette et précise \ Rufin se tint enfermé dans son monastère pour ne point voir Aterbius, esquivant toute explication verbale ou écrite*. Quant à l'évêque de Jérusalem, il dédaigna l'accusation, du
i. Quis Aterbii rabiem concitavit? Hieron., inRuf., HI, p. 466.
S. Nonne ille est qui et me bœpeticum ex tuis atnicitiiB judicabat? Id., ibid.
3. Cui quum satisfeci&sem, damnatiane dogmatum Orîgenfs.... Id., ibid,
4i. Tu clausus domi, nunquam eum videre ausus es; ne autdamnares quôd ûolebas; aut aperte retistens, hœreseos invidiam scrstineres. Id., ibid.