‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 24 sur 255 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Ce fut alors que se révéla la trempe de son caractère. Sa mère voulait qu'elle se remariât pour ne point laisser éteindre un nom illustre, et les prétendants ne manquaient pas autour d'une veuve si jeune et si belle; mais elle les éconduisit l'un après l'autre sous différents prétextes. Il en vint un cependant qui ne paraissait pas de nature à être refusé, car il élevait la maison d'Albine presque au niveau de celle des césars. C'était Cérialis, frère de Galla, belle-sœur du grand Constantin et mère du césar Gallus : il avait traversé tous les honneurs, y compris le consulat ; on le respectait, on Taimâit, et il était maître d'une immense fortune V. Cérialis était vieux, et, quoique fort vive, l'affection qu'il portait à Marcella avait un caractère tout paternel. Son but, en l'épousant, répétait-il, était de lui assurer ses biens et de la traiter comme sa fille*. Albine et toute sa parenté appuyaient ce projet avec ardeur, de sorte que Marcella se vit assiégée de sollicitations sans nombre. Il s'établit à ce i^ujet entre elle et Cérialis un dia^logue assez bizarre, dont les demandes et les réponses avaient lieu probablement par l'intermédiaire d'Albine et que le biographe de Marcella nous a conservé. « Que j'aie le bonheur de rendre celle que j'aime la femme la plus riche de Rome 1 lui faisait-il dire. — Mes biens sont médiocres, répondaitelle, mais ils suffiront pour les pauvres et pour moi. —

i, Quumque eam Cérialis (cujus clarum inter consules notnen est) ambitiosius peteret, suasque longaevus poUiceretur divitias... Hieron., Ep, 96^ p. 778.

2. Non quasi in uxorem, sed quasi in filiam vellet donationem transfundere. Hieron., Ep, 96, ibid.

Je suis vieux, reprenait Cérialis , je le sais ; mais les vieillards peuvent vivre longtenips et les jeunes gens mourir vite : vous en avez la triste expérience. — Assurément, répliquait-elle, les jeunes gens peuvent mourir vit^; mais les vieillards ne sauraient vivre longtemps*, et si je consentais à me remarier, je chercherais un époux et non pas un héritage ^ » Cérialis se retira, et Marcella fut universellement blâmée. Le monde criait à la folie, la famille à la captation et aux conseils intéressés des prêtres. Albine, irritée outre mesure, cessa presque de la voir, ou ne la vit plus des mêmes yeux. Sentant bien que la cupidité d'un côlé, l'orgueil du nom de l'autre, inspiraient cette persécution de ses proches, Marcella tenta de les apaiser en abandonnant une partie de ses biens à des collatéraux qui pouvaient continuer la famille; elle se défit ainsi de ses pierreries et de ses meubles les plus précieux, ne gardant aucun ornement d'or, pas même son cacheta Sans dire adieu au monde, elle se condamna dès lors à ne porter ni fard, ni soie , mais la toilette la plus simple, presque toujours die couleur brune. Elle s'ensevelit, suivant le mot d'un contemporain , sous le linceul d'une viduité perpétuelle. Marcella croyait par cette vie modeste échapper aux soupçons méchants, elle y fut en butte

1. nioqne mandante, posse et senesdiu vivere, et juvenes cito mori, eleganter lusit : « Juvenis. quidem potest cito mori, sed senex diuvfvere non potest. >• Hieron., Ep. 96, p. 779.

'2. Utique maritutn quaererem, non hœreditatem. Hieron., Ep, 96, ihid,

3. Monilia et quîdquid supellectilîs fuit, divitibus peritura concédons... aurum usque ad annuli signaculum repudians. Hieron., Ep. 96, p. 779,

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