‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 246 sur 255 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

sage remplit de stupeur les moines de Bethléem, et il n'y avait pas à se méprendre, la lettre était écrite en entier de la main d'Isidore. Jérôme y était traité du ton le plus méprisant : on ne daignait pas même lui conserver sa qualification de prêtre. Il en fut grandement offensé. « Cet Hippocrate, dit-il avec colère, commence donc par moi ses opérations chirurgicales! Le voilà qui me charpente sans emplâtre ni collyre S me mutilant du titre qui me fait son égal ! » Dans cette lettre tout à fait confidentielle, Isidore s'efforçait de rassurer Jean et les amis de Jean sur les conséquences possibles de sa mission. « Comme la fumée se dissipe dans l'air, écrivait-il avec une emphase tout orientale, comme la cire se liquéfie au voisinage d'un brasier, ainsi vont se dissiper à mon arrivée ces ennemis de la vraie doctrine ecclésiastique, qui cherchent à inquiéter la foi des simples ^ » Il taxait aussi de « niaiseries » les plaintes et les arguments de Jérôme : c'était en un mot la lettre d'un complice et non celle d'un juge.

En effet, après son arrivée, il resta quelque temps à Jérusalem, dans l'intimité de Jean et de Rufin, complotant ensemble les mesures à prendre vis-à-vis de leurs adversaires. Quand tout fut arrangé, il annonça sa visite à Bethléem, où il revint jusqu'à trois fois.

1, Ego misellus dum in solitudine delitesco, a tanto pontifice repente truncatus, presbyteri nomen amisi... Et quia sine emplastro venerat, et medicorum armamenta non habebat... Hieron., Ep. 38, p. 331.

2. Quomodo fumus in aère dissolvitur, et cera ad viciniam ignis liquescit : ita dissipabuntur qui semper ecclesiasticae fidei resistentes, nunc per homines simplices eamdem fidem inquietare conantur. Hieron.^ Ep. 38, p. 330.

Son attirail et sa tenue en face de ces pauvres moines déguenillés, suivant le mot de Jérôme S furent tout à fait épiscopaux; il affectait un air à la fois dévot et superbe : on eût dit un ambassadeur qui avait à régler les destinées d'un État. On le reçut au monastère avec la dignité qui convenait à ses habitants. Jérôme lui demanda d'abord la lettre que le patriarche avait dû lui écrire avant de le faire interroger : Isidore répondit qu'il ne l'avait pas, et qu'à Jérusalem on lui avait conseillé de ne la point remettre*. Il lui demanda alors à voir ses instructions et en quelque sorte ses lettres de créance : « Un légat, disait-il, est tenu de justifier de ses pouvoirs. » Isidore s'y refusa arrogamment, et on fut obligé de passer outre aux explications ^ L'Égyptien avait la réputation d'un théologien habile, et Jérôme* crut pouvoir aborder les points de doctrine qui le séparaient de Jean de Jérusalem ; mais Isidore, esquivant les réponses, se retrancha dans cette argumentation : « Comment pouvez-vous prétendre que Jean soit hérétique, quand vous avez communiqué avec lui*? — Mais, répliquait Jérôme avec feu, je l'ignorais alors, j'ai été éclairé depuis par les lettres du vénérable évêque Épiphane. D'ail-

. 1. Isidorus, preabyter ôeodeêéffraTOc.r. sacro et venerabili incessu

cum pannosa turba et sordidatis ^egibus.... Hieron., Ep. 38, p. 331.

2. Respondit se habere quidem litteras ad nos : adjuratum tamen ab Jerosolymorum episcopo ne nobis eas redderet. Id., ibid,

3. Si legatus es, redde legationis epistolas : si epistolas non habes, quomodo te legatum probabis? Id., ibid.

4. Quum enim objiceret nobis : quare ei communicastis , si haereticus erat?... Hieron., Ep. 38, p. 332.

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