‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 248 sur 255 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

de protecteur de l'origénisme, il s'en déclara l'adversaire implacable *.

Sa résolution ainsi prise, il se hâta de frapper un coup qui attirât les regards, et choisit pour victimes, dans le diocèse d'Héliopolis-la-Petite, trois ou quatre de ces abbés de Nitrie dont il favorisait naguère et encourageait l'origénisme. Il leur enjoignit, sous peine d'anathème, de rejeter de leur couvent les livres d'Origène et de renier ses doctrines. Ceux-ci résistèrent : Théophile les excommunia et -les chassa de leurs demeures ; puis, comme la population monastique de la ville du Seigneur recommençait à s'agiter, le préfet d'Egypte exila les excommuniés en Palestine*. Le patriarche, h qui le bruit convenait, y poursuivit ces malheureux, armant contre eux tout ce qu'il y avait d'hommes importants contraires aux doctrines origénistes : Épiphane et Jérôme figuraient au premier rang. Ils reçurent du patriarche des lettres de congratulation sur leur foi en même temps que la prière dé l'assister dans ses efforts pour étouffer une secte impie ^ On ne

i. Macte virtute, macte zelo fidei; ostendisti quodhucusque tacitur itas dispensatio fuit, non consensus... Dolebamus te nimium esse patientera ; et ignorantes magistri gubernacula, gestiebamus in interitum perditorum. Sed, ut video, exaltasti manum diu, et suspendisti plagam, ut ferires fortius. Hierpn., Ep. 59, ad Theoph., p. 597, 598.

2. Origenis haeresim in monasteriis Nitriae quidam nequam et furiosi homrnes, serere et fundare cupiehtes, prophetica falce succisi sunt. Id., ibid. -^ Extinctis et fugatis Origenis sectatoribus, pax Ecclesiae reddita est, disciplina Domini conservatur. Theoph. Ep. ap. Hieron., Ep, 60, p. 599.

3. Festina igitur et tu, partem hujus praemii recepturus, deceptos quosque emendare sermonibus. Theoph. Ep.^ ap. Hieron., p. 598.

peut se figurer rétonnement que de pareilles lettres causèrent tant à Bethléem qu'à Jérusalem : à Jérusalem, ce fut un coup de foudre, à Bethléem un rayon de soleil dans la nuit. Jean, qui était exempt de tout fanatisme dogmatique et à qui il était indifférent de dire du bien ou du mal d'Origène dans ses catéchèses; Jean, qui n'avait qu'une seule ambition, celle de se fortifier au dehors contre son métropolitain, et qui trouvait dans l'alliance du patriarche d'Alexandrie un appui qu'il faisait sonner bien haut; Jean ne se révolta ' point de la brusque conversion de son ancien juge, et, réfléchissant que ce changement entraînait nécessairement le sien, il fit à Jérôme des ouvertures de paix. Vainqueur sur tous les points, celui-ci pouvait-il refuser? Cette longue séparation l'avait trop vivement tourmenté; elle avait trop durement affecté ses amis, et la paix fut conclue. Au reste, il faut le dire à l'honneur de Jean de Jérusalem, il se réconcilia sans arrièrepensée. Bethléem prit donc en un clin d'œil une autre physionomie, comme par l'effet d'une incantation magique. Les portes de la basilique et de sa crypte se rouvrirent aux habitants des monastères ; leurs catéchumènes furent admis aux fonts baptismaux, et leurs morts allèrent reposer saintement en terre chrétienne. Jean fit plus. Non moins excessif dans cette voie nouvelle qu'il l'avait été dans l'autre, il ne se contenta pas de reconnaître Paulinien pour prêtre et de l'admettre dans son clergé, il offrit à Jérôme la direction de l'église paroissiale, et Jérôme l'accepta, afin de conjurer pour l'avenir les événements dont il venait d'être victime.

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