‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 59 sur 255 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Gharybde, impétueuse, frémissante, c'est la luxure éhbntée; plus loin estScylla, à la face de viefge, dont les séductions ne sont pas nïoins mortelles: tout ce rivage est barbare, Satan y veille comme un pirate q[ùi attend sa proie*...

« Désert émaillé des fleurs du Christ ! solitude où s'engendrent ces pierres éternelles dont la cité royale se construit, saints ermitages où Ton converse familièrement avec Dieu, pourquoi reste-t-on loin de vous? Viens m'y trouver, 6 mon frère ! Supérieur au mondé, que fais-tu datis le monde? L'ombre des toits doit peser sur ta tête ; tu dois étouffer dans la prison enfumée des villes t accours, l'air et la lumière sont ici *... )>

Jérôme ti'était pas né pour la vie tranquille, et, Tennemi intérieur apaisé, les assauts lui vinrent du dehors t voici à quelle occasion. Depuis trois ans qu'il demeurait au désert, les affaires ecclésiastiques d'Antiôche avaient subi bien des péripéties, les unes bonnes, les autreiâ mauvaises : un instant même on avait pu croire à Uiie pacification dont l'illusion ne dura guère. Mélétius, Sentant ses infirmités s'accroître et sa fm approcher, avait proposé à Paulin de réunir leurs deux Églises en uiie seule et de les gouverner ensemble fraternellement; la proposition n'était peut-être pas bien conforme aux canons, mais on y dérogeait sans

1, îïic barbanitn littus, hic diabolus pirata. Hieron., Ép, 5, p. 9.

2. Ô desertum Christi floribus yernans! ô solitudo in qua illi nascunlur lapides de quibus in Apocalypsi civitas magni régis exstruitur! 6 eremus familiarius Deo gaudens! Quid agis, frater, in sœculo, qui majores mundo? Hieron., Ep. 5, p. il.

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grand scrupule alors. Paulin refusa, déclarant qu'il ne voulait se souiller par aucun contact avec l'hérésie, et Rome approuva son refus.- Le pacifique Mélétius ne se rebuta point. « Nous sommes vieux, lui fit-il dire encore, et bientôt l'un de nous quittera cette terre où nous vivons divisés : rendons-lui l'union après notre mort. Que celui de nous deux qui survivra prenne en main tout le troupeau catholique et soit reconnu dès maintenant comme le seul évêque légitime *. Pour assurer d'avance Tordre de succession tel que nous l'établirons entre nous, nous le ferons accepter par les clergés de nos deux Églises, sous la garantie du serment*. » PauHn consentit cette fois, comptant sans doute avoir pour lui les chances de survie ; Rome non plus ne s'opposa point, et l'on procéda de part et d'autre à la solennité des engagements.

Ce fut une cérémonie grave et imposante. En présence du peuple et des clergés réunis, six clercs de chacune des deux Églises jurèrent successivement sur l'Évangile * qu'ils soutiendraient l'engagement de leurs évêques, et ne feraient, ne provoqueraient, ne souffriraient dans la ville d'Antioche aucune ma-

1. Quandoquidem et mihi harum ovium Dominas ipse curam commisit, et tu aliarum curam suscepisti, ovesque in ter se in religione consentiunt, jungamus grèges, 6 amice, et contentionem de primatu depouamus ; gregemque in commune pascentes, communem iis curam ex tequo impendamus. Theodoret., v, 3.

2. Ponamus in cathedra librum Evangelii, et utrinque nos sedeamus. Quod si ipse prius e vita abiero, tu solus, amice, gregem moderaberis; sin autem tibi illud contigerit, ego rursum curam ovium pro virili geram. Theodoret., 1. 1.

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