LIVRE III
Timothée avait été confirmé par le concile dans la possession du siège d'Alexandrie; mais Tépître synodique n'en disait rien, de peur que les Occidentaux n'y vissent une conséquence de leurs observations ou même un simple désir de leur plaire. Cette brève et dédaigneuse notification se terminait par un avertissement d'une aigreur blessante , quoique méritée peutêtre. Le concile invitait les évoques d'Occident à se défaire de toute partialité pour les personnes dans leur jugement sur le règlement des affaires, et à ne songer qu'au bien de l'Église, la crainte de Dieu aidant ainsi que la charité spirituelle. « Si tout le monde se conformait à cette règle salutaire , ajoutaient les pères orientaux, le corps de l'Église deviendrait comme celui du Christ lui-même, qui est entier pour chacun de nous*. »
Telle était en analyse la lettre du concile d^Orient; celle de l'empereur s'expliquait plus rudement et plus nettement sur les prétentions occidentales. Théodose y disait sans détour aux évêques italiens que la demande qu'ils lui avaient faite d'obliger les Orientaux de se . rendre à Rome pour y discuter leurs affaires manquait de raison, et que les Orientaux avaient tout droit de s'en offenser. Ce qu'on aurait décidé en l'absence
rima variîs in locis contra arianos certamina subiit. Ep, Conc. Const,, ap. Theodoret., v, 9.
1 . Quibus tanquam canonice ac légitime apud nos constitutis, veatram quoque reverentiam gratulari bortamur, intercédante spiritali caritate, et Domini timoré omnem quidem humanum afTectum comprimente; ecclesiarum autem aedificationem privatœ erga singulos henevolentiaî et gratiie prjpponente. Epist. Conc, ConsL, ni sup.
des parties laisserait d'ailleurs ouverture à delà Recours qui rendraient les querelles interminables. Lé droit de chà(|ue Église à se réglementer et à choisie ses chefs était écrit dans les canons ; le nier oU le contester était créer un danger public. A propos de TÉglise de Constantinople , l'empereur reprochait sans ménagement aux Occidentaux « de s'être laissé duper par Maxime, qui ne leur avait débité que des impostures; il les exhortait à montrer à l'avefiir moins de crédulité pour les mensonges colportés chez eux, et moins de rancune contre leurs frères d'Orient*. »
La lecture de ces deux pièces dut produire dans le concile de Rome l'effet dé la foudre. Il n'avait plus de raison d'être : la mission que s'étaient attribuée si orgueilleusement les Occidentaux se trouvait terminée avant d'avoir commencé; les questions à juger étaient •tranchées à l'avance, les droits contestés reconnus; enfin les hommes dénoncés comnie indignes passaient au contraire à l'état dé saints et vénérables personnages, couverts par les suffrages de tout l'Orient. Les Occidentaux étaient joués, et de plus ils avaient it*rité l'empereur Théodose en censurant l'élection de Nectaire, sa créature : le très- religieux auguste, personnellement blessé, avait jeté son épée impériale dans la balance du côté de l'Orient. Descendu de ses hautaines
1. Ces choses sont tirées par conjecture de la réponse qu'Ambroise et les évoques occidentaux firent à Théodose.
Silemus jam quorum errore, quorumve delicto, ne serere fabulas et alloquia cassa videamur... Isto enim arguebamur, quod posthabere Orientalium societatem et refutare gratiam videremur. Epist. 4, Conc. !t. C. Tkeod.^ app., t. VI. — Cf. Tillem., Mém. eccL, t. X, p. 147 et suiv.