‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 90 sur 255 · LIVRE lïl · texte numérisé non relu

LIVRE lïl

avec les revenus de son Église comme il avait fait avec son patrimoine : il les dépensa en fondations pieuses dont Tîle fut bientôt couverte ^ A cette passion de la vie cénobitique le nouvel évêque en joignait, une autre, celle de la science : soit dans ses voyages, soit dans sa retraite, il avait appris à fond quatre langues, l'hébreu, le syriaque, l'égyptien et le grec, et il parlait passablement le latin, ce qui l'avait fait surnommer PentaglôttoSy c'est-à-dire le docteur aux cinq langues ^

La simple étude des idiomes n'était pourtant pas son objet; il en avait un plus élevé, celui de rechercher dans tous les pays de TOrient les altérations qu'avait pu subir le christianisme ou même le judaïsme. Par les voyages et par les livres, il avait appris à connaître toutes les hérésies ; il savait en discerner l'origine et les dérivations; il les classait, il les suivait dans leurs moindres rameaux comme des stemmes généalogiques. 11 y avait peu d'hérésiarques contemporains avec lesquels il n'eût disputé, peu de sectes clandestines dont il n'eût sondé le mystère et dévoilé les pratiques-; mais à ce métier il avait couru plus d'un danger, lui-même nous l'avoue. Tombé un jour, et lorsqu'il était fort jeune, au milieu d'une secte gnostique qui professait une égale horreur de la continence et du mariage, il eut peine à se sauver des

1. Quoniaiii facultates suas jam prideiii cousumpserat, ecclesisB bonis, ubi opus erat, prolixe abusus est. Sozom., vir, 27.

2. Hieron., in Ruf., ii, p. 412, — Papa Epiphanius TCvràYXwxTo;, quia quinque linguis loquitur. Hieron., in Riif.^ m, p. 443.

plains des femmes qui ava-ient entrepris sa conversion *. Les travaux d'ÉpiphanQ lui méritèrent dans les Église» orientales les titres de nouvel apôtre et de nouveau Jean, héraut du Seigneur 2, et, pour $e rendre dign« de ces grands titres, lui-même se constitua la sentinelle vigilante, infatigable, de l'enseignement chrétien, depuis les bornes du Pont-Euxin jusqu'à celles de la Libye.

Avec tant de science, l'évêque de Salamine avait lu simplicité d'un enfant' :il se laissait aisément tromper, et plus aisément encore il était la dupe de ses propres rêves. Habitué à subtiliser, h, distinguer, h chercher une intention sous chaque mot> il avait fini par voir des hérésies partout. Ses contemporains lui reprochèrent d'avoir créé plus d'une fois par ses illusions, comme un chasseur en défaut qui suit un gibier imaginaire^ des erreurs qui prenaient corps par sa réfuta* tion même, et qu'il fallait combattre ensuite sérieuse*ment. En dehors de ces excès de zèle théologique, Épiphane était bon, charitable, honnête*, mais d'une

1. ImperAbant eoim mihi pernicios® illsë mulierculse, et diBrSdebant me, velut indicabant ips» sibi ipsis mutuo illudentes, nimirum : w Non potuimus, inquiebant, servare adolescentem, et dimisimus îpsum in manibus priocipis (diabdli) pedre. » JEpiph., Hœres,^ 26.

2. Hieron., Ep. 38, p. 308, 309 etseqq. M., Ep, 88, p. 728.— Confitemur enim non solum nos, sed etiam ômnes, quod in hoc ssbcuIo novum te apostolum et pi'œconem Dominus excitavit, Joanaeoi novum... Ef% Àe^. etPaul.^ ap. Baron., ad ann. 375, 17.

3. Epiphanius, ob singularem pietatem, summa morum simplicitate prçditus, facile.., inductusest. Socrat., vi, 10. — Ifieron., E». Pl^si)?-

4. Pia vita. àozom., vu, 27. — Singularis pietas. Spçrat., vi, IÇ.. ^ — Patrem pêne qmnium episcoporum et antiquie réUquiàft sfiactilâtis... Hier., Ep. 38, p. 313.

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