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Bientôt ses amis commencent à arriver. Target, (( son grand et chaleureux ami Target^ )),est à Paris, et Crèvecœur est le premier qui l'ait reçu et embrassé. Il fait de nouvelles connaissances, il se plaint même d'en faire trop, mais il ne peut l'éviter.
C'est à peu près à cette époque qu'il faut placer le commencement de ses relations avec Brissot^, qui lui a consacré dans ses Mémoires quelques pages peu bienveillantes. Enthousiasmé par la lecture des Lettres d'un cultivateur, Brissot aurait recherché avec empressement la connaissance de l'auteur, et d'après lui (car nous n'avons trouvé nulle part un mot de Crèvecœur à ce sujet),
1. Target (Gui-Jean-Baptiste) (lySS-iSoG). Les relations de Crèvecœur avec ce célèbre avocat dataient de son premier séjour à Paris; c'était l'homme qui, d'après Malesherbes, « jouissait alors de la considération la plus intacte et la plus digne d'envie ». (Ch. Lacretelle, Dix années d'épreuves, p. 7.) On sait que sa réputation datait surtout de l'attitude qu'il avait gardée envers le Parlement Meaupou, devant lequel, presque seul, il avait refusé de plaider. M. de Loménie a donné dans son livre si intéressant la lettre « du martyr Beaumarchais à la vierge Target». (Tome I, 446.) Nous avons de lui un certain nombre de lettres qui sont sans grand intérêt. V. Correspondance.
2. Brissot était depuis le mois de septembre 1784 sorti de la Bastille, où il avait subi une détention de deux mois. Il vivait alors tranquillement et obscurément à Paris.
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ils auraient été bientôt sur le pied de la plus grande intimité. Crèvecœur, fatigué des sociétés littéraires, « revenait toujours, dit Brissot, à la solitude où il pouvait s'épancher avec moi », Il ajoute:
Ces premiers épanchements m'attachèrent à lui; il me semblait l'homme de la nature; j'aimais sa simplicité, son goût pour la solitude, son mépris pour l'orgueil académique, sa haine pour le vice. Mon amitié s'exalta; j'étais à chaque instant avec lui. C'était un bonheur pour moi que de lui rendre de petits services; c'était une jouissance que de le faire connaître à mes amis '.
Brissot le mena chez Clavière^, mais « les yeux perçants » du futur ministre des finances découvrirent chez Crèvecœur « quelque chose de bizarre et même de suspect;... il semblait qu'il eût un secret qui lui pesait sur l'âme et dont il craignait la révéladon ». Ce prétendu secret, c'était, d'après Brissot, la crainte qu'on ne découvrît
1. Mémoires de Brissot. Édition Lescure. Didot, 1877, in-i8, p. 397 et s.
2 . C'est en 1782, lors de son voyage à Genève, que Brissot avait fait la connaissance de Clavière, qui était l'un des chefs du parti populaire. Réfugié en France, Clavière vécut dans la plus grande intimité avec Brissot, sur l'esprit duquel il exerça une grande influence, très visible dans les ouvrages que ce dernier écrivit depuis leur liaison.