QUESTION DE PRIORITÉ
et, vers la fin de cette dernière année, à la suite d'une épreuve couronnée de succès, qui avait eu lieu à Philadelphie, il chercha à obtenir un privilège du gouvernement central. Une vive polémique s'éleva à ce moment entre Rumsey et lui, au sujet de la priorité de l'invention'. Fitch démontra victorieusement qu'il avait songé le premier à l'emploi de la vapeur, et ne manqua pas d'invoquer contre Rumsey les termes si précis du certificat de Washington. Nous soumettons en toute humilité à M. Figuier et à M. Thur|^ston cette observation, que M. Margry a fait ressortir en quelques mots, mais qui semble avoir échappé à ceux qui l'ont suivi.
Fitch, dès 1785, s'était adressé au ministre d'Espagne pour obtenir des encouragements, mais on lui avait posé des conditions peu accep-
I. Ce fut Rumsey qui ouvrit le feu par une brochure intitulée : A short treatise on ihe application of steam, whereby is clearly shewn... may be applied to propdf boats or vessels... by James Kumsey...Philadelphia, january 1788. Fitch publia à son tour : The original steam-boat supported,or a reply to Mr. James Kumsey's pan-iphlet,sihewing the true priority of John Fitch. Philadelphia,may jySS." Rumsey rétorqua par une seconde édition augmentée de son opuscule. Ces brochures ont été reproduites dans un ouvrage américain intitulé : Documentary history of the State of New-York (Albany, 1849, 4 vol. in-8).
LETTRE AU DUC D HARCOURT l^I
tables; après l'épreuve de Philadelphie, il songea à solliciter l'appui du gouvernement français et se mit en rapport avec Crèvecoeur.
Celui-ci, nous l'avons vu, n'osait plus guère compter sur son influence personnelle, mais l'affaire lui parut assez importante pour chercher une autre voie que la voie officielle. Afin d'être sûr que sa lettre ne dormirait pas dans les cartons, il eut recours à un personnage du plus haut rang, dont il connaissait de longue date les bonnes dispositions à son égard. Ce fut au duc d'Harcourt, gouverneur du Dauphin, qu'il transmit sa communication le 9 janvier 1788, et le 11 mars le duc la faisait parvenir au ministre de la Marine, le comte de La Luzerne, en l'appuyant très chaudement.
La lettre de Crèvecœur au duc d'Harcourt, trop longue pour être reproduite ici', entre dans des détails fort étendus. Il commence par rappeler l'offr-e faite par le Congrès d'une concession de 30,000 acres de terres, sur les bords de l'Ohio, à l'inventeur du moyen le plus simple et le moins dispendieux de faire remonter les bateaux contre le courant des rivières, au moyen d'un procédé mécanique. Il décrit ensuite l'appareil imaginé par