RETOUR DE LOUIS
créer une position , comme son père l'avait fait avant lui.
Crèvecœur, qui d'abord avait vu avec quelque fierté l'énergique initiative de ce jeune homme de vingt ans, se lassa plus vite que lui d'un exil que les circonstances avaient cessé de rendre utile. Il prit donc le parti de le rappeler, et Louis, cédant sans trop de regrets, s'embarqua à New-York le 7 juillet 1796. Un mois après il était à Hambourg. où il croyait trouver son père et son frère , mais tous deux étaient partis depuis quatre mois; il se rembarque sur-le-champ pour Londres, et c'est seulement le 1 5 septembre qu'il embrasse à Paris son frère et sa sœur, tout étonnés de la mâle prestance du jeune pionnier qui rapportait de ses forêts, non seulement la force et la santé, mais une gaieté et un entrain inépuisables.
Crèvecœur continuait à séjourner en Normandie, s'occupant de quelques travaux littéraires \ M. Otto, toujours sans emploi et prévoyant qu'il resterait longtemps à l'écart, se décida à la fin de l'année à acheter près de Meaux une pe-
I. Nous avons de cette époque un petit manuscrit intitulé : Pensées sur le départ des hirondelles, Amblye, 28 septembre 1796, qui fut sans doute inséré dans un journal du temps. Voir lettre du i8 décembre 1796 [Correspondance).
212 • LESCHES
tite propriété de rapport, appelée Lesches '. Son beau-père fut de moitié dans l'acquisition. Situé dans un pays charmant , entouré de voisins aimables, Lesches devint bientôt pour toute la famille un séjour de prédilection. Crèvecœur, qui maintenant se consacrait tout entier à son vieux père, n'y passa d'abord que fort peu de temps; mais c'était lui qui de loin en dirigeait la culture, à laquelle M. Otto s'adonnait avec ardeur. Nous avons de ce dernier toute une série de lettres, écrites de sa belle écriture nette et ferme, dans lesquelles il n'est question que d'assolements, de coupes de bois, de culture potagère. Il ne se bornait pas à diriger les ouvriers, il travaillait luimême vaillamment, secondé par son beau-frère Louis, dont les bras robustes n'avaient pas encore désappris les rudes travaux des champs. ]\4me Otto, de son côté, s'occupe du ménage et de la basse-cour; la vieille mère de M. Otto a le soin du fruitier. C'est un joli tableau champêtre, rendu plus piquant par cette sorte de masca-
I. « Il faut du temps, écrivait-il à son beau-père en décembre 1796, pour faire sortir de l'administration les hommes auxquels j'ai Phonneur de déplaire; ce temps peut être utilement employé à la campagne. »