‹ Saint John de CrèvecœurChapitre 185 sur 330 · I . Ces craintes paraissent un peu en retard pour l'époque · texte numérisé non relu

I . Ces craintes paraissent un peu en retard pour l'époque

l'espérance de vous montrer mes champs, mes prés, mon potager, et surtout un joli bosquet funèbre, with ever greens and weeping willoivs ', où je compte faire déposer mes cendres.

C'est encore, on le voit, la femme bel esprit, teintée de philosophie sentimentale; elle pense, elle parle à peu près comme avant la Révolution, sauf en politique, cependant, car son libéralisme s'est évanoui depuis longtemps.

Voici maintenant une autre personne moins haut placée dans le monde , M^^^ de Gouves , dont nous avons déjà parlé. Elle vit avec son frère

mais il semble que ce soit un pressentiment. Nl^^ de Rémusat nous apprend en effet dans ses Mémoires, tome II, p. loi, que l'imprudence des propos de Mme de Damas la fit soupçonner, après l'affaire de la machine infernale du 24 décembre 1800, d'avoir donné asile à des chouans. Dans Tautomne de 1804, elle fut dénoncée à la suite de quelques intempérances de langage et exilée à quarante lieues de Paris, au moment où sa fille (M^e de Vogué) allait accoucher. M"^e de Rémusat eut assez de crédit pour faire révoquer cet ordre, mais la pauvre Mme de Damas avait, paraît-il, grand'peine à se taire. Aussi fut-elle dénoncée de nouveau, et on lui signifia un second ordre d'exil qui, cette fois, fut mis à exécution. Elle dut rester longtemps éloignée de Paris. (Mémoires de M"^« de Kémusat, tome II, p. io5 et i65.) Voir à-la Correspondance (22 juin 1787) la note sur M^^ de Damas.

i . « Avec des arbres verts et des saules pleureurs. »

2l6 MADEMOISELLE DE COUVES

et sa sœur à Taverny , dans une petite habitation entourée de quelques terres. Pécuniairement, ils ont beaucoup souffert; ils sont dans une gêne réelle et ne quittent plus la campagne.

Je me tairai avec vous, mon ami, sur le chapitre du rapport de Taverny, de nos récoltes et enfin du bienêtre pécuniaire ; tout cela va fort mal. Les moyens nous manquent pour tirer de nos vingt-six arpents tout ce qu'ils pourraient rendre. Si cet état de choses devait durer, il y aurait de quoi se désoler et perdre la tète; mais j'espère, voilà tout ce qui me reste. Nous sommes en pourparler pour toucher au moins les arrérages échus depuis 1789 des biens d'Arras, et alors nous serons mieux. Voilâmes espérances, si elles manquent..., je m'arrête là, je veux espérer.

La lettre est de juillet 1800. M. de Gouves et ses sœurs n'avaient pas émigré, et pourtant, depuis dix ans, ils n'avaient rien touché des fermages de leurs terres et ne les reçurent certainement jamais.

Encore une citation, et ce sera la dernière, la plus intéressante sans contredit. La date de la lettre est un peu plus ancienne : elle est du 20 janvier 1797. Aussi est-elle beaucoup plus triste. C'est une mère de famille qui parle, et l'avenir l'inquiète encore plus que le présent. Voici ce qu'écrit de Franconville M'^^ Cadet de Vaux :

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