MADAME CADET DE VAUX
Ni argent, ni crédit, ni honneur, voilà pour la nation ; pour les individus honnêtes, l'horrible misère qui amène le désespoir, le luxe insultant des nouveaux riches! Je cultive mon champ et je m'occupe le moins possible de politique, mais le froissement, qui ne mépargne pas plus qu'un autre, y ramène souvent mes idées. Mes fils deviennent grands ; point d'état en vue..., ce sont là des chagrins bien réels, Monsieur; puis ajoutez-y notre fortune réduite à rien. Le hasard nous a fourni le moyen de faire donner de l'éducation à mon jeune Marcellin : n'ayant pas la faculté de faire seule les frais d'un instituteur, je me suis chargée des deux petits-fils de M"^^ Broutin '. Cela me réduit à un tiers de dépenses... Benjamin- est toujours le champion de notre agriculture et laboure à la charrue, soigne les chevaux ; il ne quitte le soc que pour s'occuper encore avec Virgile des travaux champêtres — .
Cadet de Vaux n'était pourtant pas un aristocrate; c'était un de ces hommes modestes et instruits qui font surtout de la science pratique, et dont les services devraient être appréciés de tous; cependant il n'avait pas seulement souffert comme tout le monde dans sa fortune , il avait même couru des dangers personnels ^.
1. M^ne Broutin, connue par sa liaison avec beaucoup d'hommes de lettres, avait une fort belle habitation à Cernay, dans la vallée de Montmorency (près de Sannois et d'Ermont).