JACOBI
dire infranchissable. Les médecins seuls sont parfois reçus par la noblesse ; mais les savants, les artistes, quelles que soient leurs qualités personnelles et leur notoriété, ne sont jamais invités. Aussi sont-ils fort sensibles aux avances, et Crèvecoeur, dès son arrivée à Munich, se plut à nouer avec plusieurs d'entre eux des relations qui furent pour lui la source de mille jouissances.
Presque à chaque page de ses cahiers, on rencontre le nom d'un artiste ou d'un savant. C'est d'abord Jacobi, le célèbre philosophe, président de l'Académie de Munich, « le plus aimable, le plus clair, le plus intelligent métaphysicien de l'Europe ». C'est le principal convive des petits dîners de savants que donnait fréquemment M. Otto, à l'instigation de son beau-père, et auxquels il prenait lui-même beaucoup d'intérêt.
Les autres habitués de ces réunions étaient M. Manlich', peintre distingué, directeur des
1. Grimm en parle (janvier 1772) comme « d'un jeune peintre de beaucoup de talent que le duc de Deux-Ponts a fait élever et voyager en Italie et en France » (édition Tourneux, tome IX, p. 411). « Il nous fit voir, dil Crèvecœur, quatre volumes d'histoire naturelle d'oiseaux, la plupart grands comme nature, peints à la gouache avec un art, un goût et une précision admirables. » [Mémorandum.] On le retrouvera au chapitre XII.