‹ Saint John de CrèvecœurChapitre 236 sur 330 · M. PELET DE LA LOZÈRE · texte numérisé non relu

M. PELET DE LA LOZÈRE

En 181 2, le mariage de sa petite-fille lui rend un moment de bonheur et d'oubli; elle avait, avec une prudence et une sagesse au-dessus de son âge et négligeant bien des partis peut-être plus séduisants, choisi un jeune homme grave, aux mœurs austères, protestant comme elle, et qui, à vingt-sept ans, occupait déjà une situation élevée : le baron Pelet de La Lozère'.

Ce nouveau membre de la famille eut bien peu le temps de connaître et d'apprécier Crèvecœur; mais il sut s'associer aux sentiments de tendresse que sa jeune femme avait voués à son vénérable aïeul, et leurs témoignages d'affection furent un adoucissement pour ses derniers jours, qui devaient compter encore bien des heures sombres.

Il eut en effet à subir, au commencement de 181 3, de longues et cruelles angoisses. Son fils Louis servait dans la grande armée comme commissaire des guerres, et il avait pris part à la campagne de Russie. Après la désastreuse retraite de Moscou, ses nouvelles manquèrent complètement

I. Né en 1785, mort en 1 871. Il était, au moment de son mariage, auditeur au Conseil d'État et intendant général des forêts de la Couronne. Il a été depuis lors préfet, député^ pair de France et enfin ministre à deux reprises sous le gouvernement de Juillet.

276 MORT DE MADAME d'hOUDETOT

et ce fut au bout de trois mois seulement que l'on apprit qu'après des souffrances inouïes il avait pu rejoindre les débris de l'armée'. « La résurrection de Louis m'a rajeuni de dix ans », écrivait son vieux père ; mais il était déjà marqué du sceau fatal.

La mort de son amie, la comtesse d'Houdetot, survenue le- 1 3 janvier 181 3, avait été pour lui un coup très sensible. Quoique leurs relations se fussent un peu refroidies, que Crèvecœur, avec cette jalousie inconsciente que nous avons déjà signalée, souffrît de la voir entourée de personnes tout à fait étrangères à l'ancien milieu où il l'avait connue, il avait toujours conservé pour elle l'affection et la reconnaissance les plus profondes. Il eut encore la force de consacrer à sa mémoire quelques pages émues, oia il donne le récit de ses derniers moments-.

Au mois de mars 181 3, malgré son âge et sa santé chancelante, cherchant sans doute à se distraire de ce dernier chagrin, il entreprend le voyage de Normandie et va passer quelques se-

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