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dans ce malheureux livre presque autant de fautes que de lignes; mais, tel qu'il est, je ne dois ce qu'il contient qu'à l'impulsion instinctive dont je me suis quelquefois senti pénétré...
a Si vous vous rappelez la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire, vous avez dû voir sous quelles couleurs différentes les Européens voyageurs voyaient ce pays. Et pourquoi me serait-il défendu de le voir à ma manière?... Si le cultivateur américain n'est ni un grand penseur ni un écrivain correct,... il a un avantage bien supérieur à toute la stérile (en blanc dans la lettre) du sieur Mazzei, c'est celui d'avoir, dès l'année lySS, prêché dans les gazettes de ce pays sous la signature d'Agricola; d'avoir fait connaître et enfin d'y avoir introduit le sainfoin, la luzerne, les véches, le vignon, et depuis deux ans la racine de disette', qu'on commence à cultiver dans plusieurs Etats.
« Quant à ce que M. Mazzei dit de l'histoire du nègre de la Caroline 2, qu'il assure avoir été soustraite de la seconde édition, crainte que l'imposture ne fût découverte, il se trompe grossièrement, très grossièrement même. Je l'ai ôtée non parce qu'elle n'a jamais existé, mais parce que, depuis la Révolution, les chaînes de l'esclavage sont un peu allégées.
« Parcourez, si vous en avez le temps, tous les écrits que
1. Véches : forme ancienne du mot vesces ; Vignon : ajonc; Disette : betterave.
2. Dans un ouvrae;e publié à Paris en 1788, sous le titre de : Reclierches tiistoriques et politiques sur les Etats-Unis de l'Amérique septentrionale, par un citoyen de Virginie, 4 vol. in-8°, Mazzei s'exprimait ainsi en parlant de Crèvecœur : « Sa simplicité lui a fait croire peut-être .trop facilement l'anecdote horrible du nègre de la Caroline (en note : cette fable n'a point reparu dans la nouvelle édition). On n'a pu trouver dans la Caroline un seul habitant qui ne la regardât comme une invention gratuite (tome I, page 101). » L'ouvrage tout entier, du reste, est rempli de remarques malveillantes sur les Lettres d'un cultivateur, notamment en ce qui concerne les quakers que Mazzei traite fort mal. Nous avons dans la Bibliograptiie parlé de la méprise étrange dans laquelle est tombé , à propos de Mazzei, un écrivain qui, lui aussi, est assez hostile à Crèvecœur : Bayard, auteur d'un Voyage dans l'intérieur des États-Unis.
la Société de Paris pour l'émancipation' a dû faire traduire et publier, et vous verrez si cette scène est improbable. Il n'y a pas encore trois ans cjue Ms"" le maréchal de Castriesme fît voir une lettre de Saint-Domingue dans laquelle on lui décrivait le supplice affreux auquel un nègre de cette colonie avait été condamné : après avoir fait chauffer un four, le propriétaire de ce malheureux le fit garrotter et jeter au milieu des flammes ^. .. »