‹ Saint John de CrèvecœurChapitre 43 sur 330 · EMPIRE DE LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

EMPIRE DE LA MUSIQUE

Peu de temps après que M*** et moi fûmes arrivés au village d'Oswegatché, on nous informa que deux chefs, ivres de vengeance, devaient se livrer un combat à mort. Désirant depuis longtemps essayer quel serait l'effet et la puissance des sons harmoniques sur ces cœurs de bronze, nous allâmes, munis de nos flûtes, nous cacher derrière le tronc d'un gros chêne. A peine les accords de nos instruments eurent-ils frappé les oreilles de ces tigres, que leurs bras levés pour s'assener les premiers coups retombèrent comme par enchantement;... les combattants, stupéfaits d'étonnement, immobiles, ayant été promptement séparés par les femmes, nous terminâmes le grand œuvre de la réconciliation en continuant à jouer les duos les plus harmonieux que nous pûmes nous rappeler. Insensiblement quelques paroles de paix se firent entendre; on leur proposa de fumer dans le grand Opoygan. Ils voulurent nous voir, savoir qui nous étions et d'où nous venions, tâter, examiner nos flûtes. Dès le lendemain le calme le plus parfait succéda à la tempête la plus violente.

N'est-ce pas là un moyen simple et charmant de rétablir la paix .^

C'est d'un voyage tout différent que nous parlerons maintenant. En 1767', Crèvecœur s'em-

I. En 1773, d'après les Lettres d'un cultivateur (t. I, p. 2 55). Mais nous adoptons comme plus probable la date donnée dans le Voyage en Pensylvanie (t. II, p. 480, note), où se trouve le passage cité.

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