‹ Saint John de CrèvecœurChapitre 44 sur 330 · UN ORAGE AUX BERMUDES · texte numérisé non relu

UN ORAGE AUX BERMUDES

barqua pour la Jamaïque. Il ne donne sur cette île que des détails assez succincts et qui n'ont rien de saillant. Les Bermudes, qu'il visite ensuite, éveillent davantage ses facultés descriptives, et il fait une jolie peinture de ce charmant archipel. Voici le tableau d'une tempête effrayante dont il fut témoin.

Je l'avoue, de ma vie je n'ai été pénétré d'un aussi profond sentiment de terreur qu'en 1 767, lorsque sous l'abri d'un rocher situé sur la cime d'une hauteur, à quelques milles de la ville, je contemplais les combats de l'atmosphère et de l'Océan. Plus d'une fois je crus sentir la terre trembler sous mes pieds, lorsque le poids énorme des vagues venait en roulant se briser sur les rivages de cette île qu'elles menaçaient d'engloutir... Du sein des nuages teints en pourpre sortaient à chaque instant non des foudres, mais des torrents de feu, accompagnés d'explosions terribles; l'air que je respirais n'était qu'un fluide électrique. Pendant qu'au-dessus de moi les éléments déchaînés se faisaient une guerre implacable, je voyais dans le vallon la nature revêtue de ses plus brillantes couleurs : d'un côté, je contemplais les horreurs de ce que je croyais être la dernière nuit du monde; de l'autre, à la lueur des mêmes éclairs, l'éclatante verdure des forêts dont j'étais environné.

En 1772, il fait un long séjour dans l'île de Nantucket. Aussi a-t-il consacré seize lettres à la

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