‹ Saint John de CrèvecœurChapitre 54 sur 330 · LA GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

LA GUERRE CIVILE

crut longtemps la conciliation possible; ses liaisons avec beaucoup d'Anglais et de royalistes ne pouvaient que l'entretenir dans des idées optimistes. Mais bientôt la gravité des événements ne permit plus aucune illusion. Américain dans l'âme, il n'hésita pas à se ranger du côté de ses compatriotes d'adoption. Il ne prit cependant pas à la lutte une part active; la situation isolée de sa plantation ne lui aurait que bien difficilement permis de quitter sa famille et ses biens. Condamné, comme il le dit fort bien, à contempler le côté le plus hideux de la révolution, il fut le témoin navré de bien tristes scènes.

Rien de plus déplorable en effet que cette lutte intestine qui, loin des champs de bataille, éclatait dans un pays naguère encore en pleine voie de travail et de prospérité, lutte dont l'espionnage, la délation, les arrestations arbitraires marquaient le début et qui devait finir par des meurtres et des incendies. Rien de plus horrible que ces incursions de sauvages , guidés par des partisans féroces, qui venaient porter le fer et la flamme sur l'immense étendue des frontières et bientôt pénétraient presqu'au cœur du pays.

Les Lettres d'un cultivateur sont pleines de récits indignés de ces effroyables excès. Nous

INCENDIE DE GREYCOURT 55

laisserons dormir ces tristes souvenirs; ce sont des épisodes douloureux dont la guerre civile n'offre que trop d'exemples et que l'histoire enregistre à regret. Ne remuons pas ces cendres éteintes ; bornons-nous à dire que Crèvecœur eut à subir, comme tant d'autres, les malheureuses conséquences de la guerre. Sa maison du comté de Sussex devint la proie de l'incendie allumé par les sauvages à la solde de l'Angleterre, et, s'il échappa à la mort, ce ne fut que grâce à l'avertissement secret que lui avait fait parvenir , deux heures avant l'arrivée des incendiaires, un royaliste dont il avait sauvé la vie l'année précédente '.

Des bois éloignés où il avait cherché un refuge avec sa famille, il put voir les flammes dévorer son habitation.

Il se réfugia alors dans sa ferme du comté d'Orange, Pine-hill, réservée un peu plus tard au même sort; mais il ne devait pas assister à ce second désastre.

Au commencement de 177É, il se décida à "^jt^ ^ / entreprendre le voyage de France, où l'appelaient /

de très sérieux intérêts. Sa mère était morte depuis quelques années; son père avait presque

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