ARRIVÉE A NEW-YORK
Crèvecœur était alors parti depuis longtemps. Il avait pris passage sur le paquebot français le Courrier de l'Europe^, et, après une pénible traversée de cinquante-quatre jours, il arrivait à New-York le 19 novembre 1783 , quelques jours avant le départ des Anglais *.
Aussitôt débarqué, sa première pensée fut, on le comprend, de s'enquérir 'de sa famille. Quelques personnes de connaissance se trouvaient sur le quai ; il les questionna, mais leurs réponses le jetèrent dans le trouble le plus profond. Sa ferme du comté d'Orange était brûlée (on se rappelle que celle du comté de Sussex avait déjà subi le même sort avant son départ) ; sa femme était
réchal de Beauvau, paraît-il, avait soumis à M. de Vergennes, dans les premiers mois de lySS, le manuscrit des Lettres d'un cultivateur, et le ministre lui avait répondu le i8 août qu'il n'avait aucune raison pour s'opposer à la publication de l'ouvrage, dont il ne mentionnait pas le titre. M. de Villedeuil désirait savoir si cette approbation s'appliquait bien au livre de Crèvecœur, On lui répondit affirmativement le 2 5 mai.
1. C'était l'inauguration d'un service régulier de paquebots pour l'Amérique du Nord, créé par le gouvernement français. Nous reviendrons, au chapitre suivant, sur cet établissement. Le capitaine du Courrier de l'Europe était Cornic Dumoulin, un brave marin qui devint contre-amiral sous la République. En 1783, quoique âgé de plus de cinquante ans, il venait seulement d'être nommé lieutenant de vaisseau.